Parce que ce n’est pas moins difficile ou souffrant…

Récemment, j’étais en réunion avec des médecins et des étudiants en médecine. Durant nos échanges, ils m’ont demandé comment je pouvais expliquer mon succès. Je me suis demandé de quel succès ils parlaient.

Dans mon cas, mes succès, sont reliés à mon image publique et professionnelle.  Mais cela ne représente qu’une partie de moi. Il y a une autre facette qui est beaucoup moins éclatante car l’autisme m’impose d’énormes limites, des difficultés et avec celles-ci, bien souvent, de la souffrance. C’est de cette réalité dont je veux parler dans ce texte.

Il est vrai que j’ai eu plusieurs succès dans ma vie. Mais, ces succès cachent un coût important pour moi : le camouflage social. Le camouflage social se définit comme étant les techniques, gestes ou actions posées pour dissimuler l’autisme et les difficultés sociales qui en découlent, dans un but d’être perçu socialement compétent. Par exemple, je dois maîtriser mon écholalie, mes mouvements stéréotypés (me ronger les ongles), appliquer les règles sociales malgré mon hypersensibilité (poignée de main, contact visuel), etc.

« Les individus les mieux capables de camoufler leurs caractéristiques [d’autisme] pourraient se sentir plus à même de se faire des amis, d’améliorer leur soutien social et, de se comporter mieux lors d’entretien d’embauche.

Cependant, de nombreux individus [autistes] rapportent une anxiété étendue et de la dépression, particulièrement ceux avec des niveaux de QI allant de moyen à supérieur et des capacités verbales. L’évidence anecdotique suggère que l’acte de camouflage d’un individu peut impacter sa santé mentale. Là où le camouflage ne réussit pas, est ardu, ou si la personne se sent forcée de masquer, cela peut s’associer à un haut niveau de stress, une humeur basse et une faible estime de soi. En outre, la pression à maintenir un camouflage réussi peut conduire à une anxiété chez les individus [autistes]. La dissimulation n’est pas nécessairement un comportement bénéfique, et on ne devrait pas l’attendre de façon régulière ou l’encourager chez eux, car cela risque d’accroître les problèmes de santé mentale». [1]

La perception que les gens ont de moi amplifie ma souffrance et mes difficultés en créant des attentes irréalistes à mon égard. À cela s’ajoute l’incompréhension inimaginable en lien avec certains de mes comportements, sans compter les efforts immenses du camouflage social que je dois faire. Au final, on exige de moi ce camouflage social puisqu’on ne me perçoit pas comme un autiste. Cela me refuse tout simplement le droit d’être moi-même.

Ainsi, au même titre que Chantale Petitclerc n’a pas moins de difficultés comme personne en chaise roulante malgré ses multiples médailles d’or des jeux paralympiques et championnats mondiaux, ce n’est pas parce que je vis des succès que ma vie est plus facile nécessairement ou que j’éprouve moins de difficultés liées à l’autisme.

Au niveau économique, malgré mes formations académiques, je suis dépendant de l’État et de mes parents. Je n’ai jamais conservé un emploi plus de deux ans et la majorité d’entre eux se sont terminés avec des causes devant les tribunaux. Ainsi, j’ai passé la plus grande partie de ma vie d’adulte sur le chômage ou l’aide sociale. Encore, à cette date, je vis de l’aide sociale. Cela fait qu’à 35 ans, je suis dépendant financièrement de mes parents pour la plupart de mes besoins : logement, nourriture, véhicule automobile (le transport en commun est très limité à Salaberry-de-Valleyfield), etc. Cette dépendance n’est pas seulement pour moi, mais aussi pour mes enfants. Ainsi, je vis en bi (tri) générationnel avec mon père, par choix, mais aussi par dépit économique. Cela m’évite à moi et à mes enfants, une situation de pauvreté importante. Cela ne veut pas dire que je ne suis pas reconnaissant du support financier et de l’aide de mes parents, bien au contraire. Mais, à 35 ans, il n’y a pas grand succès et fierté à être dépendant financièrement de ses parents, pour soi et pour ses enfants.

Au niveau académique, j’ai abandonné mon bacc en relations industrielles, et comme vous vous en doutez sûrement, cet abandon n’était pas en lien avec mes capacités cognitives. En effet, mes limites et difficultés au niveau relationnel et social m’ont poussé à l’abandon. J’ai été intimidé et humilié devant un professeur et un auditoire de plus de 150 élèves à cause de ces limites. En plus des exigences du milieu universitaire s’ajoutait une exigence de transport en commun pour me rendre à l’université. Quatre heures de transport, pour l’aller-retour, avec les difficultés sensorielles, les conversations importunes (banalités),  le stress des horaires non respectés etc.

Au niveau de la santé mentale, comme je l’ai dit dans d’autres de mes textes, j’ai vécu un épisode suicidaire, un syndrome de stress post-traumatique et je m’automutile. Je fais régulièrement des replis et des effondrements autistiques.[2] Malgré un désir profond de faire autrement, je prendrai sûrement des médicaments pour le reste de ma vie. À cela s’ajoute de nombreuses manifestations psychosomatiques occasionnant plusieurs journées de maladies.

Au niveau relations et communication, malgré les centaines d’heures (presque 1 000) de formation que j’ai eue en théâtre et en communication, celles-ci ne m’aident qu’à me camoufler socialement. Au niveau intime et privé, mes difficultés sont énormes. Je vous cite un exemple :

J’ai déjà dit à mon fils : « Je t’aime ». Celui-ci ma répondu : « J’en doute papa. » Il m’a expliqué que son doute venait du fait que je ne faisais que l’aimer comme on peut aimer un vêtement, une couleur, un repas, un film etc. Je ne l’aimais jamais comme quelque chose. Étant incapable de maitriser les métaphores, je ne peux que lui dire, honnêtement et avec émotion, je t’aime. Ce qui reste le terme exact et adéquat, mais n’est pas suffisant comme preuve pour mon fils. Il est impossible d’illustrer la souffrance que je ressens dans une telle situation. Comment pourrais-je vous expliquer cette souffrance émotionnelle?

Il est vrai que j’ai eu plusieurs succès dans ma vie. J’ai deux enfants, j’ai deux DEC[3], j’ai reçu des bourses pour mon implication parascolaire, je suis très impliqué au niveau de l’autisme (conférencier, enseignement, mentorat, chercheur etc.), j’organise des événements. Je peux passer la journée à discuter avec des spécialistes de différents domaines, à questionner leurs visions et leurs théories et à les convaincre d’adopter ma position. Mais, le soir venu, je suis incapable de convaincre mon fils que je l’aime.

Tout comme Chantale Petitclerc ne peut monter d’escalier malgré ses médailles, je ne peux modifier « spontanément » mes « je t’aime » à mon fils à moins de les maquiller, de les camoufler, auquel cas la spontanéité est exclue et le tout a l’air « récité par cœur ».

Loin de moi l’idée de vouloir paraître « victime de l’autisme ». Au contraire, je veux continuer mes implications dans des recherches avec des docteurs et mes engagements à parler des caractéristiques, spécificités et différences de l’autisme, à mieux nous faire connaître et accepter. Et peut-être qu’un jour mon fils comprendra l’intensité de mes « je t’aime »!

Révisions et corrections: Claude Filion

[1] Laura Hull, K.V. Petrides, Carrie Allison, Paula Smith, Simon Baron-Cohen, Meng-Chuan Lai, William Mandy, Putting on My Best Normal: Social Camouflaging in Adults with Autism Spectrum Conditions, mai 2017 – traduction par Jérôme A. Lapasset.

[2] Pour la définition de ces termes, vous pouvez lire mon texte « C’est de l’autostimulation, un « shutdown », un « meltdown », que dis-je, un effondrement autistique! » https://decouverteaspi.wordpress.com/2018/06/20/cest-de-lautostimulation-un-shutdown-un-meltdown-que-dis-je-un-effondrement-autistique/

[3] Sciences pures et appliquées et Sciences humaines profil société.

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C’est de l’autostimulation, un « shutdown », un « meltdown », que dis-je, un effondrement autistique!

Ces termes sont récurrents à l’autisme. Mais de quoi parlons-nous exactement? L’automutilation et l’autostimulation sont-ils des synonymes? Existe-t-il une réelle différence entre une crise autistique, une crise émotionnelle ou un effondrement autistique? Dans le texte qui suit, je tenterai de clarifier ces concepts.

Attention, les sujets abordés dans ce texte peuvent être sensibles et éprouvants émotionnellement.

L’autostimulation :

Le Larousse définit l’autostimulation comme étant le

« Comportement observé chez des animaux qui portent des électrodes implantées dans certaines structures cérébrales, et qui, en appuyant sur un levier, peuvent déclencher directement une stimulation électrique, de niveau approprié, de leur propre cerveau. »[1]

Ainsi, ce terme n’a aucun lien avec l’autisme et l’utiliser pour décrire certains comportements d’autiste est tout simplement une erreur.

L’utilisation de ce terme pour l’autisme serait possiblement due à une traduction inadéquate des termes  « stimming » ou « self stimulatory behavior »[2].

En ce sens, ce terme est souvent associé aux comportements perçus comme « restreint et répétitifs ». Or, ces comportements n’ont aucune fonction de stimulation personnelle. Ils sont l’expression, majoritairement, d’une émotion au même titre qu’il est possible de sauter de joie.

Ainsi, un autiste qui a des comportements jugés comme stéréotypés, communique, s’exprime, manifeste, interagit avec son environnement, etc., mais ne se stimule pas.

Donc évitons l’utilisation erronée du mot autostimulation.

L’automutilation :

Les définitions de l’automutilation sont très nombreuses étant donné que ce phénomène fut étudié sous les angles culturels, sociaux, religieux et médicaux. En ce qui concerne l’autisme, ce terme fait référence à la situation médicale et c’est cette notion que j’aborderai.

Ainsi, l’automutilation peut être définie comme étant l’acte volontaire de se blesser sans avoir l’intention de se suicider.[3], [4], [5]

L’automutilation se retrouve dans le DSM-5, mais n’est pas catégorisée. Elle est classifiée dans les sujets à étudier. Elle s’appelle l’automutilation non suicidaire. Ce qui rejoint les définitions antérieures. En plus, le DSM-5 ajoute d’autres critères pour définir l’automutilation : la répétition, une ou des attentes (par exemple un soulagement, une réponse d’autrui, etc.), un lien avec une difficulté, mais aucun lien avec un comportement social (ex. : tatouage et percing) ou une restriction physique (ex. : se ronger les ongles) et cela a des répercussions sur le fonctionnement de la personne[6],[7].

Les personnes qui s’automutilent « font cela parce qu’elles cherchent à se sentir mieux et qu’elles n’arrivent pas à gérer autrement la terrible détresse qui les habite »[8].

« L’automutilation est un mécanisme d’adaptation négatif. Pour certains, c’est un moyen de faire face à des sentiments intenses. Les blessures représentent la souffrance émotionnelle ressentie par la personne. L’automutilation est souvent un besoin d’exercer une forme de contrôle lorsque les choses paraissent confuses. »[9]

En plus, l’automutilation est particulière chez les autistes. Ainsi, tel qu’on peut le lire dans un jugement du Tribunal canadien des Droits de la personne, « Selon le Dr M., les blessures auto-infligées sont la réponse la plus extrême à une impasse psychologique pour laquelle il n’y a aucune solution. Il s’agit d’une réponse à la désorganisation du monde. C’est une façon pour une personne autiste de répondre aux situations négatives, alors qu’une personne qui n’est pas autiste démontrera de la colère ».

Selon la même source, le Dr M. affirme que « les personnes autistes apprennent comment gérer leurs réactions en se fiant, par exemple, à un endroit sécuritaire où elles peuvent aller, où elles peuvent s’éloigner de situations stressantes et qu’il est alors possible pour les autistes de composer avec des événements très difficiles, même si ceux-ci provoquent de fortes réactions. Le Dr M. souscrit aussi à la déclaration selon laquelle si une personne autiste sait qu’elle peut avoir recours à son mécanisme d’adaptation dans une situation de stress, il devient alors peu probable, et même improbable, qu’elle se trouvera en situation de difficulté. »

Donc, pour les autistes, l’automutilation serait une solution et non une réaction à une émotion.

Shutdown, meltdown et effondrement autistique :

Le shutdown et le meltdown seraient les termes anglais respectifs pour repli autistique et effondrement autistique.

Dans les deux cas, ces états sont provoqués par une surcharge, qui peut se produire selon trois ou quatre angles différents dépendant des auteurs : sensoriel, intellectuel, émotionnel ou relationnel. Il faut comprendre que cette surcharge n’est pas reliée à des événements exclusivement négatifs. Ceci peut aussi avoir lieu pour des événements positifs. Par exemple, la naissance d’un enfant pourrait créer une surcharge émotionnelle. Il peut être aberrant de parler des émotions positives en ce sens, mais une « impasse psychologique », quelle soit créée par un événement positif ou négatif est une situation « agressive et douloureuse ».

« Dans les deux cas, ce sont les signes que la personne a dépassé ses limites, au delà du supportable l’esprit se protège comme il peut, en déclenchant des réflexes de défenses pour sortir de ces situations agressives et douloureuses. »[10]

Plus précisément, le repli autistique « c’est ce moment où le cerveau se « déconnecte » et est incapable de suivre/de fonctionner efficacement. […] Dans le cadre de l’autisme, il pourrait également s’agir d’un mécanisme d’auto-défense (cela me parle en tout cas,) mais contre un autre type d’agression, a priori « banal » pour une personne non-autiste. »[11]

Cela peut aussi s’apparenter à « tomber dans la lune ». Le repli autistique serait aussi cet état où l’autiste est qualifié « être dans sa bulle ». D’autres autistes décrivent celui-ci en parlant qu’ils se retirent dans leurs têtes. Ils s’échappent de l’instant présent pour se retrouver à l’intérieur d’eux-mêmes afin de fuir cette surcharge.

Cette description recoupe aussi la citation du Dr M. Ainsi, le repli pourrait être un mécanisme d’adaptation lorsqu’il n’est pas possible de se retirer physiquement d’un endroit.

Même si plusieurs autistes ne parlent pas de repli autistique, tous les autistes parlent de cet état de repli, sous une forme ou une autre. Ainsi, je ne crois pas qu’il serait hasardeux d’affirmer que tous les autistes vivent cet état, ce qui n’est pas le cas pour les effondrements autistiques. La durée du repli autistique est très variable selon les situations et l’individu. Ainsi, le repli peut durer quelques minutes à plusieurs jours.

« En cas d’impossibilité de calmer cet épisode shutdownesque en s’isolant, en se calfeutrant dans sa bulle, un(e) aspie courra à grandes enjambées vers le “meltdown”, c’est à dire l’effondrement intégral. »[12]

Même si l’effondrement autistique (meltdown) peut se produire, sans un repli autistique (shutdown), ceux-ci son souvent de pair et l’effondrement autistique est la réaction ultime à la surcharge.

« Lors d’un ”meltdown”, l’enfant autiste est en perte de contrôle et il n’est pas en mesure de comprendre et gérer les conséquences de ses gestes posés. Par rapport à son âge et à ses capacités intellectuelles, l’enfant autiste (ou l’adulte autiste) est incapable de faire une pause, de prendre du recul et de penser à une stratégie pour résoudre le problème. La colère (peur) est en puissance maximale et il peut avoir une réaction physique instantanée et irréfléchie. Le meltdown autistique passera par lui-même, généralement, assez rapidement. »[13]

« La capacité d’absorption de ma tête est limitée. Une limite, que j’ai toujours eue, et qui n’est dépassée que lorsqu’arrive un événement émotionnel ou psychologique, positif ou négatif, très intense. Lorsque la limite est atteinte il y a réaction. Celle-ci a une durée très variable dans le temps, de quelques secondes à presqu’une heure. Comme les fusibles dans un panneau électrique, mes mesures de protection « sautent » pour me protéger d’une situation ayant trop de variable avec des valeurs inconnues. […] Lorsqu’il s’agit d’événements négatifs, la « surcharge » domine mon esprit. Je ne suis plus qu’un corps souffrant : chagrin, peine, tristesse, peur, crainte, terreur… ma tête est expulsée du circuit. Je veux recréer le circuit complet, réinitialiser mon état originel, mais je ne suis qu’un triste spectateur de cette disjonction. […] Dans tous ces événements, une constante revient : lorsque ma tête « disjoncte » je perds le contrôle et mon corps devient une incarnation de flots déferlant de douleur, d’émotions, sans aucune logique, sous le contrôle de l’instinct de survie. »[14]

Ainsi, l’effondrement est relativement de courte durée et est très souffrant pour l’autiste.

Association entre l’effondrement autistique et l’automutilation

Étant donné que l’autiste perçoit qu’il aura un effondrement autistique, celui-ci peut utiliser l’automutilation comme « réponse à cette désorganisation ».

Durant un effondrement autistique,  un autiste peut avoir des comportements similaires à l’automutilation. Je parle de similaire puisque ces actes ne seraient pas nécessairement un acte volontaire comme défini par l’automutilation. Ces actes seraient une réponse plus instinctive, dans la recherche de la diminution de la souffrance, au même titre que des personnes non-autistes peuvent se frapper le front après avoir fait une erreur.

Dans tous les cas, que le geste soit de l’automutilation au sens de la définition ou un geste similaire, il faut savoir que celui-ci est une solution à une souffrance plus grande : l’effondrement autistique. Ce n’est pas une problématique en soi. Aussi souffrant pour vous ou contre-intuitif que cela puisse être, il ne faut pas s’opposer à ces gestes. L’opposition maintiendrait seulement la personne autiste dans un état de souffrance supérieure. L’automutilation n’est pas un choix de plein gré. C’est le moins pire des maux.

Je veux être très clair. Je n’affirme pas que nous devions laisser souffrir les personnes autistes ou que l’automutilation est une solution adéquate. Toutes personnes qui souffrent ont le droit à un soutien. J’affirme cependant que des ecchymoses dans le front, des coupures, des poils arrachés etc. sont toujours moins souffrants que la détresse physique et psychologique d’un effondrement autistique et tant qu’il n’existera pas une solution plus efficace, pour diminuer la douleur ressentie par les autistes en effondrement, il faudra accepter cette solution.[15]

Crise émotionnel vs repli et effondrement autistique

Finalement, l’effondrement autistique n’est pas une crise émotionnelle. La crise émotionnelle a comme origine l’émotion ou le sentiment : crise d’angoisse, crise de colère, crise de panique etc. Alors que l’effondrement est une surcharge. Cette différence peut sembler subtile, surtout lors d’une surcharge émotionnelle, mais elle est très importante lors de l’intervention. Ainsi, contrairement à la crise émotionnelle, les techniques de gestion des émotions ne sont pas utiles et n’ont aucune efficacité lors du repli ou de l’effondrement autistique. Cela implique aussi que les stratégies pour répondre aux besoins immédiats de l’enfant vont être inefficaces. Par exemple, si un enfant fait une crise pour avoir du chocolat et qu’on lui donne du chocolat il cessera sa crise. Or, cela ne fonctionne pas pour les autistes en situation d’effondrement.

Cela dit, certaines techniques peuvent avoir un effet pour la prévention de ces surcharges, par exemple l’isolement, la protection contre un stimuli trop important, etc.

Comme le repli ou l’effondrement sont une surcharge, cela implique le dépassement d’une limite. Ainsi, à moins d’un événement majeur, le repli ou l’effondrement n’est pas en lien avec l’événement immédiat. Celui-ci n’est que l’événement qui crée la surcharge. Donc, corriger la situation qui déclenche la surcharge n’annulera pas le repli ou l’effondrement. Un enfant qui est en colère parce que vous lui avez refusé des bonbons, cessera d’être en colère si vous lui donnez les bonbons. Un enfant autiste, en effondrement à cause d’une surcharge due à la colère, au moment où vous lui refusez des bonbons il ne cessera pas d’être en effondrement si vous lui donnez les bonbons, les causes de l’effondrement étant antérieures à l’événement.

J’espère que ce texte vous aura permis de mieux comprendre certains termes en lien avec l’autisme et vous aidera dans votre respect des personnes autistes.

Révisions et corrections: Claude Filion

[1] Dictionnaire de français Larousse, http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/autostimulation/6860, consulté le 10 mai 2018.

[2] Stimming, https://en.wikipedia.org/wiki/Stimming, consulté 16 mai 2018

[3] Association canadienne pour la santé mentale, Les jeunes et l’automutilation, https://cmha.ca/fr/documents/les-jeunes-et-lautomutilation, consulté le 10 mai 2018.

[4] Jeunesse, J’écoute, Qu’est-ce que l’automutilation et comment faire pour cesser?, https://jeunessejecoute.ca/fr/article/quest-ce-que-lautomutilation-et-comment-faire-pour-cesser, consulté le 10 mai 2018.

[5] Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, L’aide à apporter à un enfant ou un adolescent qui s’automutile, http://www.cheo.on.ca/uploads/12811_Self-Harm_FR.pdf, consulté le 10 mai 2018.

[6] L’automutilation dans le DSM-5, Ysilne, http://www.automutilations.info/lautomutilation-dans-le-dsm5/, consulté le 17 mai 2018.

[7] Automutilation non suicidaire, Paula J. Clayton, https://www.msdmanuals.com/fr/professional/troubles-psychiatriques/comportement-suicidaire-et-automutilation/automutilation-non-suicidaire, consulté le 17 mai 2018.

[8] Comprendre l’automutilation, Hôpital de Montréal pour enfants, https://www.hopitalpourenfants.com/infos-sante/pathologies-et-maladies/comprendre-lautomutilation, consulté le 10 mai 2018.

[9] Jeunesse, J’écoute, Qu’est-ce que l’automutilation et comment faire pour cesser?, https://jeunessejecoute.ca/fr/article/quest-ce-que-lautomutilation-et-comment-faire-pour-cesser, consulté le 10 mai 2018.

[10] Meltdown et shutdown autistiques- n1- voir ce qui les déclenchent, Neiiko, http://neiiko.fr/2017/11/autisme-meltdown-shutdown.html, consulté le 16 mai 2018.

[11] Shutdown et metldown, Le temple Bleu, http://letemplebleu.over-blog.com/2017/04/shutdown-et-meltdown.html, consulté le 10 mai 2018.

[12]Shutdown et neltdown autistiques quand le besoin de repli sur soi se fait pressant, Alexandra Reynaud, http://les-tribulations-dune-aspergirl.com/2017/06/24/shutdown-meltdown-autistiques-quand-le-besoin-de-repli-sur-soi-se-fait-pressant/, consulté le 17 mai 2018.

[13] Gardez votre calme! Il s’agit d’un effondrement émotionnel et non d’un mauvais comportement capricieux, Mélanie Ouimet – La neurodiversité, http://neurodiversite.com/gardez-votre-calme-il-sagit-dune-effondrement-emotionnel-et-non-dun-mauvais-comportement-capricieux/, consulté le 10 mai 2018.

[14] Mathieu Giroux, Docteur Jykell et M.Hide : métaphore au sujet de mon univers émotionnel, https://decouverteaspi.wordpress.com/2015/06/18/docteur-jykell-et-et-m-hide-metaphore-au-sujet-de-mon-univers-emotionnel/, consulté le 12 mai 2018.

[15] Étant un autiste qui s’automutile par la coupure, et qui vit des effondrements, ayant également discuté avec d’autres autistes qui vivent ces deux situations, sans être un expert,  je peux parler des deux situations en connaissances de causes.

L’échec des ressources humaines pour les autistes!-Partie 3

Finalement, abordons l’accueil et l’intégration. Même si ces étapes sont distinctes, je les aborderai conjointement puisque l’intégration est la continuité de l’accueil et comme je l’ai affirmé dans la partie 1, ce texte se veut un survol de la dotation et non un ouvrage sur celle-ci.

  1. Accueillir et intégrer

Bien que ces étapes soient à la fin du processus de dotation, celles-ci commencent avant le processus de dotation puisque l’accueil et l’intégration sont liés à la vision et à la philosophie de l’entreprise. Nous n’avons qu’à penser aux installations physiques requises pour une personne en chaise roulante. Celles-ci doivent être faites avant la sélection du candidat. Ainsi, l’accueil et l’intégration de personnes considérées comme handicapées n’est pas une simple question mercantile entre les coûts des mesures d’adaptation et les avantages fiscaux d’une part et la productivité du candidat d’autre part. L’inclusion de ces personnes est la reconnaissance de la valeur ajoutée de celles-ci pour l’entreprise. Ainsi, la personne considérée comme handicapée n’est pas différente à cause de ses besoins spécifiques, mais grâce à eux. Ces mêmes besoins procurent des forces spécifiques à cette personne.

L’accueil et l’intégration dépassent amplement les simples questions logistiques comme les mots de passe, l’adresse courriel ou la localisation de son lieu de travail. Cette étape influence l’impression de l’employé envers l’entreprise, ses supérieurs et ses collègues. Elle  aura généralement un impact sur la durée de l’emploi et l’engagement de l’employé envers l’entreprise et sa mission en plus de démontrer le soutien de l’entreprise et de favoriser l’intégration sociale[1].

Or, pour les autistes, un accueil et une intégration réussis n’auront pas seulement un impact positif, mais sont primordiaux pour leurs inclusions. En effet, plusieurs particularités des autistes font que cette étape est cruciale et voici pourquoi.

  • Les règles sociales
    Les règles sociales regroupent toutes les règles et procédures non-écrites. Leur omniprésence a un impact majeur sur les relations avec les collègues et l’acceptation de ceux-ci à notre égard. Elles dictent la majorité des gestes, que ce soit le code vestimentaire, les places « réservées » à la cafétéria ou les sujets tabous. Il faut donc les connaitre et les appliquer. Sans personne pour accueillir et intégrer l’autiste, celui-ci aura d’immenses difficultés à identifier ces règles non-écrites étant donné, que par définition, l’autisme est une difficulté dans les relations sociales et la communication.
  • La gestion de la peur
    Débuter un nouvel emploi est toujours stressant et peut être apeurant, que l’on soit autiste ou pas. Or, c’est dans la gestion de cette peur, que l’autiste diffère. Comme je l’ai mentionné dans un autre texte[2], les autistes ne gèrent pas la peur de la même façon que les non-autistes, surtout en ce qui concerne la peur conditionnée. Un nouvel emploi est un environnement pouvant susciter cette peur conditionnée. En effet, des autistes pourraient avoir développé des peurs en lien avec les relations sociales et qui sont devenues des peurs conditionnées. La gestion déficiente de celles-ci pourrait provoquer des difficultés d’adaptation, même dans un univers accueillant et respectueux. Le phénomène inverse aussi pourrait se produire c’est-à-dire que les exigences sociales et fonctionnelles inadéquates et irrespectueuses envers l’autiste causeront de l’anxiété chez celui-ci. Celle-ci pourra devenir de la peur et ultimement de la peur conditionnée et amplifiera son incapacité d’adaptation.
  • L’autisme lui-même
    Puisque l’autisme est une condition invisible et que les besoins d’adaptation varient grandement d’un autiste à l’autre, les collègues doivent être informés et formés par rapport aux besoins de la personne autiste. Paradoxalement, cette obligation de divulgation peut causer de la discrimination à l’égard de la personne autiste. En effet, 65.8% des personnes ayant une déficience intellectuelle ou l’autisme et travaillant ont affirmé avoir subi de la discrimination entre 2001 et 2006[3]. Ainsi, un processus d’accueil et d’intégration est obligatoire pour bien faire comprendre les besoins et éviter toute forme de préjugé et de discrimination. Cela exige aussi de reconnaître et d’accepter que les demandes physiques ou psychologiques sont en lien avec un besoin et ne sont pas des caprices. Ainsi, la réponse à ces demandes n’accorde jamais d’avantage à un employé comparativement aux autres, cette réponse se veut seulement une manifestation de respect à l’égard de la personne.
  • L’accompagnement

Même si les suivis et les évaluations sont des processus intégrés dans plusieurs entreprises, ceux-ci se limitent souvent à une analyse de la description de tâche et se font par intervalle de quelques mois. Pour l’autisme, l’accompagnement doit être régulier, voir quotidien et doit dépasser le processus administratif d’évaluation de la tâche. Il doit inclure tous les aspects du travail puisque c’est celui-ci qui certifie la réussite de l’accueil et l’intégration en lien avec tous les autres aspects (les règles sociales, la gestion de la peur et l’accommodation de l’autisme). De plus, il doit être constant et proactif puisque les effets négatifs d’un accueil et d’une intégration inadéquats sont très rapides et difficilement modifiables.

Au final, même si un processus d’accueil et d’intégration réussi assure une meilleure relation avec l’employé, celui-ci ne peut pas être négligé pour la personne autiste. Ce processus dépasse aussi les notions de durée d’emploi et d’engagement envers l’entreprise. Cela concerne aussi la santé de la personne autiste à cause de la gestion paticulière de la peur. Ainsi, un processus d’accueil et d’intégration efficace aura des effets bénéfiques tant pour l’autiste que pour l’entreprise.

Malgré les exigences possibles liées à l’embauche d’un autiste, une solution simple permet de répondre à plusieurs d’entre elles. Il suffit d’attribuer un parrain à l’autiste. Cette personne assurera, non seulement le lien entre l’entreprise et l’autiste, mais aussi, servira de personne ressource. Avec une seule personne, à titre de référence, cela diminue le nombre de règles sociales, les risques reliés à la gestion de la peur et facilite l’accompagnement et le suivi quotidien. En plus, le parrain pourra intervenir en cas de discrimination et continuer la sensibilisation auprès des collègues de travail. Cela étant dit, la relation entre le parrain et l’autiste ne doit pas être hiérarchique. Le parrain a un rôle de guide et de référence et l’autiste devrait être libre de rencontrer son parrain en tout temps. Le rapport hiérarchique pourrait nuire à cette situation.

En conclusion, la GRH fut créée et inventée pour répondre aux besoins des personnes non-autistes et ce processus est complètement inadéquat pour l’inclusion des autistes sur le marché du travail. Cette inadaptation dépasse largement le milieu du travail en entreprise avec les problématiques de discrimination et de préjugés. Ces lacunes débutent avant même que l’autiste décide de commencer une recherche d’emploi. Lorsque vous êtes pénalisé, avant même d’entamer un processus, difficile de parler d’inclusion et d’intégration réussie.

Révisions et corrections: Claude Filion

[1] Suivez le guide : Guide d’accueil et d’intégration d’un nouvel employé, Doc formation et Emploi Québec Montérégie, http://www.emploiquebec.gouv.qc.ca/fileadmin/fichiers/pdf/Regions/Monteregie/16_imt_guide-accueil-integration_ent.pdf, consulté le 12 mars 2018.

[2] Mathieu Giroux, L’anxiété, les traumatismes et l’autisme, https://decouverteaspi.wordpress.com/2018/01/23/lanxiete-les-traumatismes-et-lautisme/, consulté le 12 mars 2018.

[3] Institut de la statistique du Québec, Gouvernement du Québec, Vivre avec une incapacité au Québec. Un portrait statistique à partir de l’Enquête sur la participation et les limitations d’activités de 2001 et 2006, 2010, p.227.

Références

Si vous désirez avoir des références sur mes conférences et services.

  • Manon Anctil, Directrice des services aux personnes handicapées et à leur famille de l’Office des personnes handicapées du Québec, 1-866 680-1930 # 18537
  • Stéphanie Fournelle, Professeure éducation spécialisé – Cégep de Valleyfield, 450-373-9441 ou stephanie.fournelle@colval.qc.ca
  • Marie-Josée Aubin, cofondatrice de la Coalition des enfants à besoins particuliers du Québec, 450-691-9343 ou eiram32@hotmail.com
  • Isabelle Corbeil, coordonnatrice Répit Le Zéphyr, 450-371-6825 #203
  • Jean-François Martin, Professeur et responsable de la coordination de stage 1 – Éducation spécialisé – Cégep du Vieux-Montréal, 514-982-3437 #2485
  • Robert Cruise, Chair person, Human Rights Comittee, syndicat Unifor Local 195, je fournis la lettre de référence sur demande
  • M. Daniel DeAngelis, Directeur de l’école secondaire De Mortagne, 450-655-7311 poste 11720

Littératures:

  • Un chapitre dans La Neurodiversité. L’Autisme:reconsidérer la nature humaine
    Mélanie Ouimet, Éditions Parents Éclairés, 2018
  • Évaluation d’un programme d’intervention pour étudiant autiste au niveau post-secondaire, Valérie Michaud, étudiant au doctorat, michaud.valerie.7@courrier.uqam.ca

Professionnels:

  • Professeur-adjoint de l’AEC Trouble du spectre de l’autisme- Collège de Valleyfield depuis 2016.

Implications:

  • Co-organisateur du Salon de la neurodiversité 2018
  • Administrateur d’origine de Aut’Créatifs et secrétaire trésorier depuis (2015 à ce jour)

L’échec de la gestion des ressources humaines pour les autistes!-Partie 2

Cette partie abordera les aspects du recrutement et de la sélection de la dotation.

  1. Recrutement

Maintenant que le profil de la personne recherchée a été défini, il faut la trouver. Pour faire cet arrimage, le recrutement peut se faire de plusieurs façons, mais il se regroupe en deux catégories : marché de l’emploi caché (marché caché) et marché de l’emploi ouvert (marché ouvert).

Le marché ouvert, ou parfois nommé marché visible, se définit comme celui des offres d’emplois auxquelles tout le monde a accès. Ces offres sont publiques et ouvertes à tous.
Le marché caché est l’inverse du marché ouvert c’est-à-dire qu’il correspond à tous les emplois qui ne sont pas disponibles à tout le monde. Ces offres sont privées et limitées à un nombre de personnes. Il regroupe les emplois obtenus par nos relations personnelles, le réseautage professionnel, l’affichage à l’interne, etc. Celui-ci correspond à 30-45% des emplois disponibles et peut augmenter jusqu’à 80% selon l’interprétation des nouvelles technologies.[1]

Ainsi, il est possible d’affirmer qu’au moins quatre emplois sur dix sont comblés sur le principe de «qui nous connait »au niveau personnel, social, organisationnel ou professionnel.. Par définition (déficits persistants dans la communication et l’interaction sociale), les autistes se voient donc exclus d’un grand nombre d’emplois puisqu’une grande proportion des postes affichés sur le marché caché.

De plus, lorsque l’autiste postule pour un emploi, il se retrouve constamment en présence d’une forte concurrence puisque le marché ouvert, par sa définition, engendre un plus grand nombre de postulants.

Au final, les autistes sont donc désavantagés dans la recherche d’emploi comme le stipule Maxime Turcotte, conseiller en ressources humaines agréé : c’est le conseiller qui est agréé

« Par expérience – et pour avoir consulté mes collègues recruteurs – on parle d’environ 30% des postes qui sont comblés par affichage externe. Tous les autres postes sont comblés par des canaux internes ou informels.

Le marché est donc injuste. Il ne favorise pas nécessairement les candidats les plus compétents, les plus motivés ou ceux qui ratissent le mieux les sites d’emploi, mais plutôt ceux qui savent se démarquer auprès des bonnes personnes. »[2]

  1. La sélection

Cette section se limite aux emplois comblés par l’affichage externe puisque, comme dit précédemment, les autistes sont très désavantagés pour les postes comblés par les réseaux informels.

Maintenant que l’employeur a reçu les candidatures, il doit décider quels candidats seront retenus pour une entrevue d’embauche. Peu importe le nombre de candidatures, l’employeur a planifié en retenir un nombre X, celles correspondant le plus au profil recherché. Ainsi, plus le nombre de candidats augmente, moins vous avez de chance d’avoir une entrevue d’embauche, d’où l’importance de la mise en valeur de sa candidature.

Cette mise en valeur dépend de la compréhension des besoins de l’entreprise et de notre capacité à leur répondre  et surtout, de notre capacité à faire ressortir nos forces en lien avec les besoins. Encore une fois, quand vous avez des « difficultés de communication », vous êtes désavantagé pour mettre en évidence votre profil. En plus, pour les autistes, la difficulté n’est pas seulement dans la capacité « à vendre » sa candidature, mais aussi, à bien cerner les besoins de l’employeur. Si vous ne comprenez pas adéquatement les besoins communiqués par l’employeur, votre candidature sera automatiquement rejetée puisque votre offre de service ne répondra pas aux besoins.

Même si le processus de sélection, pour le marché ouvert, peut sembler plus objectif que pour le marché caché, il en est tout autrement dans la réalité. En effet, les relations personnelles ont un impact majeur sur les chances d’avoir une entrevue d’embauche. Comme l’affirme Maxime Turcotte, conseiller en ressources humaines agréé :

« Selon Lou Adler, un guru du recrutement aux États-Unis, un candidat a 20 fois plus de chances d’avoir une entrevue d’embauche s’il est référé de l’interne que s’il applique seulement en ligne. »[3]

Donc, si vous ne connaissez personne dans une entreprise, vous avez seulement 5% des chances d’avoir une entrevue d’embauche. Au final, un autiste a 1,5 à 3%[4] environ de probabilité d’être reçu en entrevue d’embauche lorsqu’une offre d’emploi est disponible, et ce, avant même l’analyse des curriculum vitae. Et si un autiste réussit les premières étapes, qu’en est-il lorsqu’il est retenu pour une entrevue d’embauche?

L’entrevue d’embauche est l’étape finale de sélection et son rôle est d’autant plus primordial. Même si une entrevue d’embauche n’est jamais facile pour personne, cette étape est systématiquement discriminante pour les autistes à cause de son fonctionnement : la communication verbale, les règles sociales, l’environnement de l’entreprise et  les sous-entendus dans le processus d’entrevue. Mais plus précisément, comment cela discrimine t’il les autistes?

  • La communication verbale

Personne ne sera surpris de savoir que la majorité des entrevues se réalisent par la communication verbale. Or, pour environ 70% des autistes (les autistes non-verbaux en bas âges)[5], la communication verbale ne permet pas d’évaluer adéquatement leurs potentiels[6] et les entrevues ne sont pas adaptées en ce sens, contrairement, par exemple, pour des personnes sourdes ou muettes, qui ont aussi des contraintes avec la communication verbale.

  • Les règles sociales

Une entrevue d’embauche est avant tout une situation au cours de laquelle il est de mise d’appliquer certaines règles sociales, comme l’affirme Marie Nolwenn Trillot, présidente de la firme de recrutement TOTEM :

«En entrevue, tout est évalué. Du premier bonjour jusqu’au moment de se dire au revoir »[7]. Elle rajoute : «Avoir une bonne poignée de main, sourire… Ça peut paraître cliché, mais se montrer avenant et faire preuve de savoir-être, c’est vraiment important »[8].

Or, ces règles sociales ne sont pas celles des autistes. Mentionnons seulement l’importance de la poignée de main et du contact visuel lors du premier contact, deux aptitudes et attitudes qui font régulièrement défaut chez les autistes.

  • L’environnement de l’entrevue

Ce point recoupe les règles sociales, mais, dans ce cas, ce sont les règles propres à l’entreprise. Ce critère fait appel aux capacités de compréhension du contexte. Vous n’adopterez pas les mêmes comportements selon le nombre de personnes sur le comité de recrutement, le titre de chaque personne, le niveau de familiarité, le type d’entreprise, le poste, etc. Cet environnement influence toutes les règles sociales de l’entrevue. Donc, en plus des règles sociales générales, l’entreprise a des règles propres qu’il faut connaitre, et certaines, ne seront accessibles qu’on moment de l’entrevue amplifiant par le fait même, la nécessité d’avoir de bonnes aptitudes en décodage social. Par exemple, la règle sociale veut que nous adoptions un contact visuel lorsque nous discutons avec une personne. Or, lors d’une entrevue, il n’est pas rare que le comité d’embauche soit composé de plusieurs personnes et seulement une seule prendra la parole. Il faut quand même avoir un contact avec chaque personne, même si elles ne parlent pas et le nombre de contact visuel dépendra de plusieurs facteurs qu’il faudra analyser lors de l’entrevue. De la même façon, la culture d’entreprise affectera l’entrevue. Un comité pourrait adopter le tutoiement, même si la règle de politesse prévoit le vouvoiement.

  • Les sous-entendus

L’entrevue est composée de multiples sous-entendus et les questions en sont le parfait exemple. Il est assez rare que la réponse désirée pour une question soit celle demandée. L’employeur cherche à vous connaitre et il le fait de façon indirecte. Par exemple, un employeur qui vous demande votre dernier niveau de scolarité complété ne veut pas réellement savoir votre niveau de diplomation, il est capable de lire votre C.V. pour ça. L’employeur cherche à connaître vos compétences connexes aux capacités académiques comme les relations sociales. Or, les autistes, à cause des difficultés de communication et de relation, auront énormément de difficulté à comprendre les sous-entendus. Ils répondront littéralement à la question et auront des difficultés à faire valoir leur candidature.

Finalement, malgré toutes les contraintes, quelques autistes seront retenus pour les emplois, mais le processus ne s’arrête pas là. L’accueil et l’intégration des autistes restent un défi important et sera l’objet de la troisième partie.

Révisions et corrections: Claude Filion

[1] Degenève Matthieu 80% des emplois vacants ne sont pas affichés, un mythe? http://oeildurecruteur.ca/marche-cache-de-lemploi/, consulté le 22 février 2018.

[2] Turcotte Maxime, Comment se retrouver sur le dessus de la pile, http://oeildurecruteur.ca/se-retrouver-sur-le-dessus-de-la-pile/, consulté le 22 février 2018.

[3] Turcotte Maxime, Chercheur d’emploi, vous perdez votre temps!, http://oeildurecruteur.ca/chercheurs-demploi-vous-perdez-votre-temps/, consulté le 22 février 2018.

[4] Soit 5% des 30% des offres d’emploi comblés par affichage externe ou 5% du 60% des emplois en marché ouvert.

[5] Laurent Mottron, Les facteurs d’hétérogénéité interagissent-ils?, https://decouverteaspi.wordpress.com/2016/09/04/conference-dr-laurent-mottron-categories-autistes-et-ds-4-vs-dsm-5/, consulté le 22 février 2018.

[6] Véronique D. Therrien, Le génie du Raven, http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_1_2016-04.pdf, consulté le 22 février 2018.

[7] Banque Nationale, Préparer son entretien d’embauche : les conseils d’une recruteuse, https://idees.banquenationale.ca/preparer-entretien-embauche-conseils-recruteuse/, consulté le 22 février 2018.

[8] Idem.

L’échec de la gestion des ressources humaines pour les autistes!-Partie 1

Les autistes sont de plus en plus nombreux aux portes du marché du travail et comme le souligne le Dr Laurent Mottron, titulaire de la Chaire de recherche Marcel et Rolande Gosselin en neurosciences cognitives fondamentales et appliquées du spectre autistique de l’Université de Montréal et professeur titulaire au département de psychiatrie de la faculté de médecine de l’université de Montréal, à peine 10 % des autistes arrivent à percer le marché du travail.[1]

Selon un portrait de l’Institut de la statistique du Québec[2], la situation des autistes est plus que préoccupante comparativement aux autres personnes, mais aussi aux autres personnes considérées comme handicapées. Non seulement les différences sont significatives en comparaison avec les handicaps physiques, mais aussi avec les handicaps mentaux.

Benoît Philie, journaliste au Journal de Montréal, dit que «

  • 10 % : Pourcentage d’autistes qui ont un emploi au Québec, selon les estimations de certains chercheurs. Dans cette proportion, les personnes autistes sans déficience intellectuelle ont trois fois moins la possibilité d’avoir une activité quotidienne que ceux ayant un retard intellectuel.
  • 34 % : Taux d’emploi des adultes autistes dans les pays occidentaux, comparé à 54 % pour les adultes handicapés.
  • 83 % : Taux d’emploi des adultes sans handicap dans les pays occidentaux.» [3]

[Soulignement ajouté]

Émilie Robert, conseillère d’orientation au Collège Montmorency et auteure du livre « Les personnes autistes et le choix professionnel – Les défis de l’intervention en orientation » affirme que parmi les autistes, « plusieurs sont considérés comme surqualifiés pour leur emploi. Ils sont nombreux à décrocher des diplômes universitaires avancés, et pourtant, ils occupent un emploi qui ne requiert aucune formation spécifique ».[4]

Quelles sont les hypothèses pouvant expliquer la situation des autistes sur le marché du travail? Je vous partagerai quelques réponses en faisant une analyse sommaire, loin de moi l’idée d’écrire un livre sur le sujet de la gestion des ressources (GRH) et plus précisément, la dotation soit  « l’élaboration de stratégies et de processus qui permettent d’identifier les besoins de l’organisation en effectifs et en compétences, de recruter et sélectionner les personnes, de les accueillir et de les intégrer à leur fonction et à l’organisation »[5]. Les recherches sur le sujet étant peu nombreuses et élaborant majoritairement des portraits statistiques, ce texte est donc principalement basé sur ma formation académique en relations industrielles, mes observations et mon vécu en tant qu’autiste.
Reprenons donc les différents aspects de la dotation c’est-à-dire d’identifier les besoins de l’organisation en effectifs et en compétences, de recruter et sélectionner les personnes, de les accueillir et de les intégrer à leur fonction et à l’organisation.

  1. Identifier les besoins de l’organisation en effectifs et compétences

Comme son nom l’indique, cette étape de la dotation permet de déterminer le portrait du candidat recherché en identifiant les compétences, les expériences et les qualifications requises pour l’emploi. Ainsi, avant même le processus de recrutement, des autistes sont écartés du marché du travail à cause de la conceptualisation des offres d’emplois et ce pour trois facteurs principaux:

  • Années expériences requises : Ce critère n’est pas exclusifs aux autistes, mais il est plus discriminant à leur égard puisque seulement 10% d’entre eux travaillent comparativement à 83% des adultes sans handicap, il est alors beaucoup plus compliqué, voire impossible pour 90 %, d’acquérir de l’expérience en milieu de travail.
  • Exigences académiques : Pour de multiples raisons, les formations académiques sont une exigence omniprésente pour tous les emplois. La non-diplomation démontrant l’incapacité à exécuter les tâches demandées[6]. Il est évident que certains emplois pourraient très difficilement être exécutés par une personne sans aucune formation académique. Moi-même, j’aurais d’immenses appréhensions à me faire opérer par un chirurgien autodidacte. C’est le cas aussi pour de nombreux emplois avec un titre protégé. Par contre, la très vaste majorité des emplois n’ont aucune répercussion directe sur la santé des gens. Énormément d’emplois manuels (mécanicien, électricien, etc.), mais aussi à un niveau plus abstrait (informatique, arts, mathématique, sciences etc.) peuvent s’apprendre de manière autodidacte. En plus, les intérêts spécifiques des autistes en font des experts dans leurs domaines, même si ils n’ont aucune formation académique dans celui-ci. Pourtant ceux-ci sont quand même limités par les exigences académiques des offres d’emplois et rejetés quasi systématiquement.
  • Qualités recherchées : Les employeurs ne se limitent plus aux savoir-faire des employés. Le savoir-être est une exigence de plus en plus importante, voire même plus importante que le savoir-faire[7]. Les sites d’emplois sont unanimes, les qualités en relations sociales et en adaptabilité sont de mise chez tous les candidats. Or, ces deux groupes de qualités sont manquants si l’on se fie aux descriptions médicales de l’autisme. Difficile qu’il en soit autrement quand la description de l’autisme est faite en ces termes : intérêts restreints, comportements répétitifs et stéréotypés, déficits persistants dans la communication et les interactions sociales etc.

Pourtant, l’amélioration de cette situation pourrait se faire sensiblement facilement et serait bénéfique non seulement pour les autistes, mais aussi pour tous les travailleurs et les employeurs. Ainsi, l’élimination des exigences universelles ayant comme seul objectif le protectionnisme serait une avenue intéressante. Nombreuses règles et politiques, pensons notamment aux conventions collectives, imposent des exigences académiques alors que l’option de faire passer des tests de connaissances favoriserait la participation de  personnes n’ayant pas acquis le diplôme mais ayant les connaissances. Évidemment cela n’exclut pas les personnes ayant les diplômes requis. Un autre moyen serait la démystification de l’autisme et une reconnaissance des qualités communes à plusieurs autistes, des qualités qui sont recherchées par les employeurs. En effet, selon Adzuna[8], les autistes ont plusieurs des 20 qualités les plus recherchées (rigueur rang 1, dynamisme rang 3, motivation rang 5, créativité rang 6, passion rang 8, etc.).

La prochaine partie portera sur les autres aspects de la dotation.

Révisions et corrections: Claude Filion

[1] Jobboom, L’univers parallèle des travailleurs autistes, http://www.jobboom.com/carriere/l-univers-parallele-des-travailleurs-autistes/, consulté le 24 janvier 2018.

[2] Institut de la statistique du Québec, Gouvernement du Québec, Vivre avec une incapacité au Québec. Un portrait statistique à partir de l’Enquête sur la participation et les limitations d’activités de 2001 et 2006, 2010.

[3] Benoît Philie, Miser sur les autistes pour performer, Journal de Montréal, http://www.journaldemontreal.com/2017/04/15/miser-sur-les-autistes-pour-performer, consulté le 24 janvier 2018

[4] Émilie Robert, Les jeunes autistes et le monde du travail : mon enfant a-t’il un avenir?, http://www.monemploi.com/magazines/les-jeunes-autistes-et-le-monde-du-travail-mon-enfant-a-t-il-un-avenir, consulté le 24 janvier 2018.

[5] Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, Ressources – dotation, http://www.portailrh.org/Ressources/AZ/specialites/dotation/, consulté le 24 janvier 2018.

[6] Certains employeurs acceptent de reconnaitre l’expérience en milieu de travail à la place des diplômes académiques, mais cela reste quand même une problématique tel que stipulé

[7] Enquête réalisée par un institut de sondage indépendant pour Robert Half en avril 2016 auprès de 200 Directeurs des Ressources Humaines en France (répartition du panel : 54% femmes / 46% hommes ; 90% Paris-région IDF / 10% autres régions de France ; 10% secteur public / 81% secteur privé / 9% société cotée en Bourse)

[8] Clémence Boyer, Les 20 qualités qui séduisent le plus les recruteurs, https://start.lesechos.fr/rejoindre-une-entreprise/actu-recrutement/les-20-qualites-qui-seduisent-le-plus-les-recruteurs-7434.php, consulté le 28 janvier 2018.