L’école et moi – partie 2

Abordons maintenant mon parcours au secondaire.

Deuxième fois que j’envisage le décrochage scolaire. Heureusement, en secondaire 1 et 2, deux professeurs gardent ma motivation pour l’éducation et l’apprentissage. Merci Claude Tétrault et Daniel Lavigne! Grâce à leurs qualités pédagogiques, je surmonte cette période critique, seul, sans aide extérieure.

Le choc est incommensurable. Je passe d’un groupe d’environ soixante étudiants d’une école d’environ 225 étudiants, avec des règles informelles que j’ai apprises, à l’école Edgar-Hébert. Les professeurs changent à tous les cours, les va et vient dans les corridors pour sa case, les centaines d’élèves, les « gangs », l’autobus (j’étais piéton au primaire), la cafétéria…

Je suis vite catégorisé dans la gang de « rejet ». Je deviens un souffre-douleur pour l’école. Je serai d’une passivité d’or devant les insultes verbales et ne tolérerai jamais les agressions physiques. C’est aussi à cette époque que je découvre l’abus des plus faibles à des fins mercantiles. Étant incapable de rester dans les zones de socialisation, je crée un groupe de carte de jeu Magic:the gathering. Nous sommes donc une dizaine de personnes le midi dans un local de classe pour jouer. Il faut savoir que ces cartes sont un jeu, mais aussi des cartes de collection et certaines valent plusieurs dizaines de dollars. Par ma confiance envers humanité et son respect, je laisse n’importe qui regarder mes cartes et faire des recherches pour des échanges. Je subirai des vols à quelques reprises. Le ou les coupables ne seront jamais trouvés.

Je serai aussi accusé et reconnu coupable, à tort, de quelques méfaits. Je me souviens particulièrement d’une matinée dans l’autobus. Certains élèves avaient apporté des petits fruits rouges, qui ressemblaient à des bulbes de fleurs, et les lançaient dans l’autobus. Étant assis dans le premier banc, je conserve les fruits que je reçois. Une écolière, assise derrière moi, remarqua ma réserve et tenta de s’en emparer. Je me débattis avec elle pour l’empêcher de prendre les fruits de mes mains. La chauffeuse remarqua seulement notre altercation. Elle crut que j’avais apporté les fruits dans l’autobus et que j’en faisais la distribution. Elle envoya un avis disciplinaire à l’intention de mes parents.

Heureusement, le secondaire me permit de découvrir les activités parascolaires qui deviendront une échappatoire pour cette microsociété incompréhensible. Je pouvais quitter cet univers de fou pour rejoindre un monde avec des règles claires. Cette voie, plus tard, me permettra de développer grandement mes habiletés sociales par l’improvisation.

Rendu à la polyvalente Baie St-François, les choses évoluent peu. Je ne suis que plus marginalisé. J’afficherai ouvertement, pour la première fois, mes talents d’autiste. Je ferai plusieurs démonstrations d’échec sur les heures de dîners, allant de parties en simultanées (jusqu’à une dizaine d’adversaires en même temps pendant plus d’une heure pour une trentaine de parties au total sans aucune défaite) à la partie à l’aveugle (je joue les yeux bandés).

Tranquillement, comme tous les autres, je dois faire un choix de carrière. Les tests d’orientation ne donnent rien puisque les résultats varient à chaque fois. Au final, je décide de devenir physicien en physique quantique c’est-à-dire l’étude du monde de l’infiniment petit. Un monde contre-intuitif et comme le disait Feynman :« Je crois pouvoir affirmer que personne ne comprend vraiment la physique quantique. » En somme, dans le concret, je parlais de masse au poids négatif, de téléportation, de fractale (entité avec un nombre de dimensions décimales comme un flocon qui est en 2D, mais dont l’accumulation de neige projet une 3D), etc.

Ma marginalisation sociale grugeait ma résilience à petit feu. En secondaire 5, ne voulant pas contredire les règlements, je ne « foxais » pas. Je devais malgré tout survivre à ce monde. Il me restait juste un an avant la délivrance du cégep. Ainsi, je devais être absent environ une demi-journée par semaine. Mes parents venaient me chercher à l’école. Le pire est que mes symptômes étaient véridiques. Leurs causes étaient tout simplement inconnues. C’était tellement remarquable que lorsque l’un de mes amis écrivit mon mot dans l’album des finissants, il m’identifia comme le « plus grand « fakeux » pour la maladie et que je manipulais mes parents ».

Ma rigidité statique était amplifiée dans cet univers. Je me souviens lors des oraux que je devais être toujours le premier à passer pour me débarrasser et aussi, car le professeur n’avait aucun autre point de comparaison. Je passais pour plus « normale ». Je me mettais derrière le bureau du professeur, je regardais au-dessus des têtes pour éviter le contact visuel et je tenais avec mes mains le rebord du bureau. Je restais dans cette position pendant tout l’oral. Des fois, j’avais tellement peur que je faisais branler tout le bureau. Malgré tout, je pouvais faire des oraux de plus de dix minutes au grand désarroi de mes collègues.

Mon côté antisocial atteignit son apogée lorsque je décidai de ne pas aller à mon bal des finissants. Je préférai être dans le bois à faire des jeux de rôle et quelques semaines avant, j’avais pu visiter New York. Donc, mes parents avaient investi dans un voyage éducatif plutôt que la boisson. Ils auraient déboursé pour les deux si j’avais voulu.

Finalement, je graduai en conservant les mêmes notes qu’au primaire, sans devoir fournir de plus grands efforts. J’étais accepté en sciences pures et appliquées au cégep de Valleyfield.

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