Les autistes : des super-extraordinaire-hyper…sensibles !

L’hypo et l’hypersensibilité est un sujet important en autisme, au point que le DSM-5[i] a repris cela comme un des critères de diagnostique. Malgré une définition qui semble assez simple soit : une absence ou une amplification de la sensibilité, l’hypo et l’hypersensibilité sont beaucoup plus complexes que cela. Sensation et perception sont-ils des synonymes ? Les sens sont-ils les seuls à avoir une influence dans cela ? Quels est le rôle du cerveau ? L’hypo ou l’hypersensibilité existent-ils réellement ?

Sensation – Perception – Hypersensibilité

La sensation se définit comme un « phénomène qui traduit, de façon interne chez un individu, une stimulation d’un de ses organes récepteurs ».[ii] Par exemple, des bruits, des odeurs, des saveurs sont des stimulations des organes récepteurs.

En ce qui concerne la perception,

« Notre cerveau nous permet de grandes et complexes réalisations. Avant de pouvoir réfléchir sur l’information qui lui est présentée, il doit d’abord décoder les signaux qui lui sont envoyés par les divers organes des sens. La perception c’est ce décodage qui comprend plusieurs tâches dont la sélection, l’organisation et l’interprétation des signaux des sens. »[iii]

« La perception, c’est notre fenêtre d’ouverture sur le monde. C’est l’ensemble des processus via lesquels l’information est acheminée au cerveau puis est organisée en lien avec les connaissances, attentes et expériences préalables. »[iv]

Ainsi, la perception se fait à trois niveaux selon les critères de la sélection, l’organisation et l’interprétation des signaux.

Le niveau 1, la sélection des signaux, se produit au niveau des aires primaires du cerveau en lien avec les sens. Donc, le niveau 1 de la perception et la sensation sont des synonymes.

Le niveau 2, aussi appelé « bottom-up » fait référence à des informations qui requièrent une association entre les zones primaires et des zones associatives du cerveau pour être traitées.

Le niveau 3, aussi appelé top-down, exige la construction de configuration mémorisée de plus en plus complexe dans un domaine. Ce niveau de perception est influencé par les attentes, les connaissances antérieures et le raisonnement conscient.

Par exemple, lorsqu’on aperçoit quelqu’un cela est de la perception de niveau 1. Seulement l’aire visuelle est utilisée. Si cette personne se met à se déplacer, cela correspond à la perception de niveau 2 puisque le mouvement demande l’utilisation de plusieurs aires cérébrales, en plus de l’aire visuelle, pour décoder le mouvement (vitesse, direction etc.). Finalement, si vous reconnaissez cette personne par son visage, vous êtes au niveau 3 de la perception puisque le décodage du visage exige plusieurs aires cérébrales, mais aussi, les antécédents (vous devez déjà l’avoir vu pour la reconnaître), les connaissances antérieures (ses signes distinctifs comme un tatou ou une combinaison de signes distinctifs comme la couleur de la peau, des yeux et des cheveux) et le raisonnement conscient (le visage peut avoir changé à cause des accessoires, coupe de cheveux, bronzage, maquillage, etc.) Il faut donc faire une analyse pour discriminer les constantes. Cela explique pourquoi vous n’avez pas de problème à voir une personne et à la voir marcher, mais que vous pourriez avoir des difficultés à la reconnaître.

Ainsi, la perception est un processus dynamique qui modifie (bottom-up) et qui est modifié (top-down) grâce aux fonctions cognitives.

Finalement, lorsque l’hypersensibilité est mentionnée pour l’autisme, ce terme devrait être réservé pour parler de la perception amplifiée au niveau des sens ou du niveau 1 de perception. Il serait plus exact de parler de surperfectionnement perceptif en ce qui concerne les caractéristiques autistiques pour les niveaux 2 et 3.

Détaillons plus précisément la particularité de l’autisme pour chaque niveau de perception.

Les niveaux de perception

Avant de commencer la description des niveaux, Il est important de rappeler, comme le spécifie le Dr Mottron, que

« Ce qui devrait être noté en premier est que, malgré la croyance subjective, les sentiments associés à la perception en autisme ne sont pas négatifs, mais positifs.[v] (traduction libre)

NIVEAU 1.

Les autistes, principalement ceux ayant un retard dans l’utilisation de la communication verbale[vi], ont des seuils de perception plus importants au niveau des sens. Plusieurs études[vii] ont démontré une discrimination de la hauteur sonore ainsi qu’une discrimination visuelle plus performante chez cette population. Par contre, il est important de comprendre que cela fait référence aux limites de détection ou à la vitesse de traitement de l’information sensorielle et que cela n’a aucun impact sur l’interprétation de l’intensité du stimulus. Autrement dit, si vous mesurez un stimulus (son = décibel, lumière = lux, etc.) et que vous exposez une personne autiste et une personne non-autiste à celui-ci, les deux auront exactement la même perception de l’intensité. Un son de 40 décibels est identique pour une personne autiste ou une personne non-autiste. La différence est vraiment au niveau des limites du spectre de la perception ou de la vitesse de traitement de l’information. Il est important aussi de préciser que cette capacité est variable d’une personne autiste à l’autre et surtout, comme je l’ai déjà mentionné, cela s’appliquerait principalement aux autistes ayant un retard dans l’utilisation de la communication verbale.

À cela s’ajoute d’autres particularités perceptives générales à toutes les personnes autistes. Ainsi, les personnes autistes ont des facultés supérieures pour des tâches visuo-spatiales comme le sous-test des blocs au test de QI de Weschler[viii] ou la reproduction de figure impossible[ix].

Exemple de figure impossible[x]

Cela s’expliquerait par le fait que la perception des personnes autistes se concentre d’avantage sur les détails plutôt que l’image globale comparativement aux personnes non-autistes.[xi] Par contre, cela ne signifie pas que les autistes ne peuvent percevoir l’image globale. Au contraire, les personnes autistes auraient cette capacité de percevoir les détails lorsque cela les avantage pour une tâche, sans compromettre leurs capacités à percevoir l’image globale.[xii]

Finalement, contrairement aux personnes non autistes qui ont une corrélation entre leurs capacités perceptives et leurs capacités cognitives (facteurs G), ceci n’est pas le cas chez les personnes autistes (facteur P). Autrement dit, plus une personne non autiste est intelligente, meilleures seront ses performances pour des tâches perceptives. En ce qui concerne les personnes autistes, leurs compétences pour les tâches perceptives n’ont aucun lien avec leur niveau d’intelligence. Ces deux variables sont indépendantes l’une de l’autre.[xiii]

NIVEAU 2.

À ce niveau, la tâche perceptuelle est rendu trop complexe, il n’existe plus de différence entre les personnes autistes et les personnes non-autistes au niveau de la capacité perceptive contrairement au niveau 1[xiv]. Par contre, les personnes autistes ont des particularités à ce niveau. Les comportements d’exploration visuelle atypique en sont un exemple. En effet, les personnes autistes utilisent les regards latéraux (regarder par le coin des yeux) d’une manière unique. Contrairement aux personnes non-autistes qui adoptent ce comportement pour suivre un objet lors de son déplacement, les personnes autistes feraient cela pour filtrer les informations perçues. En effet, comme la résolution visuelle est inférieure pour les regards latéraux comparativement à un regard direct, cela permettrait d’obtenir une information plus simple et plus facile à traiter.[xv]

NIVEAU 3.

Tel que mentionné au niveau 2, à ce niveau la tâche perceptuelle est rendue trop complexe et il n’existe plus de différence entre les personnes autistes et les personnes non-autistes au niveau de la capacité perceptive contrairement au niveau 1[xvi]. Mais encore une fois, il existe des particularités pour les personnes autistes. Ainsi, les personnes autistes pourraient faire fi des processus top-down alors que cela serait impossible pour les personnes non-autistes. Cela a été démontré par une expérience d’illusion d’optique pour laquelle les personnes autistes, comme les personnes non-autistes étaient affectées par l’illusion d’optique. Par contre, les personnes autistes pouvaient ignorer cette illusion d’optique pour donner des réponses adéquates à certaines questions contrairement aux personnes non-autistes qui en étaient incapables.[xvii]

Finalement, les particularités des autistes, pour les trois niveaux de perception s’expliqueraient par leurs différences neurologiques. Ainsi, « les personnes autistes utiliseraient donc plutôt les régions perceptives mais pour arriver au même résultat que les non-autistes qui s’appuient sur les zones de traitement de plus haut niveau. Ce pattern démontre une manière différente mais pas moins efficace de traiter l’information dans l’autisme.»[xviii]

De plus,

« La communication entre les hémisphères gauche et droit du cerveau est atypique en autisme et reflète une plus grande implication de la composante visuelle dans le comportement visuo-moteur, possiblement en lien avec une réorganisation cérébrale. […] Il semblerait que chez les autistes, les réductions du corps calleux sur le plan moteur, associées à une organisation cérébrale alternative, favoriseraient les régions visuelles. Cette réorganisation permet aux autistes une performance équivalente à celle des personnes typiques malgré la présence d’altérations cérébrales »[xix]

Qu’en est-il de l’hyposensibilité ?

Malgré mes investigations, je n’ai trouvé aucune recherche empirique sur l’hyposensibilité, mais seulement quelques articles descriptifs. Ces articles scientifiques ne font état que de descriptions de différentes situations, ce qui est loin d’être une démonstration scientifique (impossible à reproduire, aucune donnée mesurable et objective, aucune variable isolée etc.). Ainsi, serait-il possible que l’hyposensibilité attribuée aux personnes autistes soit un phénomène beaucoup plus complexe qu’une simple absence d’influx nerveux ? Serait-il même possible que l’hyposensibilité n’ait aucun lien avec l’absence d’un influx nerveux ?

Je doute de l’existence de l’hyposensibilité au sens de la perception de la personne autiste. Cette hypothèse de rejet de l’hyposensibilité se fonde sur deux raisons principales : les preuves du surperfectionnement perceptif et le fait que l’hypo et l’hypersensibilité soient un concept binomial.

En effet, comme décrit plus haut, le surperfectionnement perceptif des personnes, et ce, à tous les niveaux a été démontré. Il est paradoxal de parler d’un surperfectionnement perceptif et en même temps, d’un sous-fonctionnement perceptif.  En effet, il n’est pas possible d’affirmer que les personnes autistes ont un plus large spectre au niveau de l’audition (démonstration scientifique à l’appui), et en même temps, affirmer l’absence d’influx nerveux pour ce même spectre d’audition comme dans les cas mentionnés d’hypersensibilité aux sons aigus et d’hyposensibilité aux sons graves.

En plus, les concepts binomiaux sont pratiques pour expliquer et comprendre plusieurs situations. Par contre, ceux-ci sont très limités au niveau de l’objectivité. En effet, ils n’ont qu’une valeur descriptive très limitée par la subjectivité de cette valeur descriptive. En somme, la valeur descriptive repose sur des consensus, plus ou moins définis, pour offrir une valeur à une description. En plus, dans plusieurs cas, les concepts binomiaux ne sont qu’une création pour qualifier une situation beaucoup plus simplement.

Pour illustrer tout cela, prenons l’exemple du concept binomial de chaud et de froid. En effet, il n’est pas rare d’entendre qu’il fait chaud ou froid, mais cette affirmation n’est basée que sur les critères de la personne et cette description varie pour toutes les personnes. Malgré tout, comme les personnes partagent certains critères et expériences, un consensus peut émerger chez la majorité des personnes. En effet, il est assez rare d’entendre dire que la glace est chaude. Or, cette description n’est basée sur aucune mesure ou limite objective. En effet, même si la température a des échelles de mesures objectives, il n’existe aucune définition ou limite pour exprimer le début de la chaleur et la fin du froid. Ainsi, au niveau de la physique thermique, le concept de chaud ou de froid n’existe pas. La chaleur se définit comme l’émission d’énergie. Plus il y a d’énergie émise, plus il y a de chaleur et la notion de température qualifie cette émission d’énergie. C’est pour cette raison qu’en physique thermique, l’échelle Kelvin est utilisée. Cette échelle n’a aucune mesure négative de la température et le 0 représente la température à laquelle les atomes cessent de bouger et donc d’émettre de l’énergie ou autrement dit, de la chaleur. Même si cette définition de la température est beaucoup plus objective, celle-ci est peu pratique et utilitaire pour le fonctionnement quotidien. En effet, imaginez le bulletin météo : Aujourd’hui, il y aura une forte émission d’énergie de l’ordre de 300 Kelvins combinée à un facteur d’évaporation de l’eau (humidex) vous ressentirez une énorme émission d’énergie de 310 kelvins. Ou bien l’avertissement pour une surface chaude : Attention, l’émission d’énergie du poêle est supérieure à l’émission d’énergie de ta main. Tu pourrais te brûler.

Ainsi, les concepts binomiaux, même si peu objectifs et descriptifs facilitent le fonctionnement et la compréhension de certaines situations qui n’exigent pas une précision descriptive. Or, ce n’est pas le cas pour la démarche scientifique et la description de situation médicale. Celles-ci se doivent d’être complètement objectives universellement. Par exemple, un concept d’hypo et d’hypersensibilité ne peut s’appliquer au niveau scientifique, d’autant plus, que comparativement à la température, celui-ci n’a aucune mesure ou consensus. Il repose uniquement sur la description de la personne hypo ou hypersensible et des observateurs. Or, tout comme pour la température, serait-il possible que l’hyposensibilité ne soit pas l’opposé de l’hypersensibilité, mais plutôt la description d’un phénomène basé sur une échelle subjective ?

Cette réflexion se base sur plusieurs discussions que j’ai eues avec des personnes autistes, et aussi, sur ma propre expérience. En effet, si vous discutez avec plusieurs autistes de l’hyposensibilité, plusieurs vous diront qu’ils ont de l’hyposensibilité. Or, si vous leur demandez lorsqu’ils vivent de l’hyposensibilité, est-ce qu’ils ressentent quelque chose, ceux-ci vous répondront par l’affirmative. Donc, si ces personnes ressentent le stimulus, le signal nerveux est présent. Donc, il est impossible de parler d’absence de signal nerveux. Or, comme mentionné pour l’hypersensibilité, le concept d’hyposensibilité n’a aucun lien avec l’intensité puisqu’elle est la même pour les autistes et les non-autistes, mais il fait plutôt référence à l’absence de la perception du stimulus. Il n’est donc pas possible de parler d’hyposensibilité pour un stimulus ressenti. Ainsi, l’hyposensibilité ne peut faire référence qu’à un stimulus non ressenti. Or, le surperfectionnement perceptif a démontré la capacité perceptive supérieure des autistes. Ainsi, comment est-il possible de parler d’une capacité supérieure de perception au niveau des sens et en même temps, une capacité inférieure de perception ?

Comme mentionné, les concepts binomiaux permettent une facilité d’utilisation et de compréhension comparativement aux notions purement descriptives. Ainsi, l’hyposensibilité serait un concept pour faciliter la description et la compréhension d’une situation, même si cette description n’est pas objective et comporte énormément de biais personnels et sociaux notamment. Pour illustrer ceci, je prendrai trois exemples : l’hyposensibilité à la thermoception (la température), l’hyposensibilité au toucher et l’hyposensibilité à la nociception (la douleur).

Il n’est pas rare que des parents se questionnent sur les justifications du choix vestimentaire de leur enfant autiste, notamment, lors des premières journées chaudes de juin et que l’enfant continue de porter des pantalons longs avec des cotons ouatés épais malgré des températures dépassant les 20 degrés Celsius. Pourtant, à partir du 21 juin, ces enfants commencent à porter des vêtements courts comme tous les autres enfants. Plusieurs parents attribuent ce comportement à de l’hyposensibilité à la chaleur. Mais est-ce une situation d’hyposensibilité ? Premièrement, le fait que l’enfant porte des vêtements cours pendant la majorité des journées chaudes semble en opposition avec l’hyposensibilité. En effet, l’enfant serait hyposensible seulement quelques journées ou quelques semaines par années ? Ensuite, le 21 juin est un indicateur possible d’une autre cause. En effet, le 21 juin correspond au début de l’été et il serait possible, pour l’enfant autiste, d’avoir associé des vêtements en fonction de la saison et non de la température. Ainsi, avant le 21 juin, il ne porte pas de vêtement d’été. Cela n’aurait donc aucun lien avec la perception sensorielle, mais serait une analyse inadéquate de l‘adulte par rapport aux critères de décisions de l’enfant autiste.

La seconde situation est l’hyposensibilité au toucher. Il est fréquent d’entendre parler de personnes autistes qui sont hypersensibles au toucher (texture de vêtement, effleurement, caresse, etc.) alors que ceux-ci aiment les touchers exercés avec forces et pressions. Ils seraient donc hypo sensibles au toucher. Mais est-ce vraiment qu’ils perçoivent moins la sensation de toucher ? Serait-il plutôt possible que cela ne soit pas une diminution de la perception de la sensation de toucher, mais plutôt l’absence de douleur ou de désagrément ? En effet, les descriptions de l’hypersensibilité tactile sont souvent associées à des désagréments ou de la douleur physique. Ainsi, ce qui est qualifié, possiblement à tort, d’hyposensibilité représenterait les gestes et situations n’occasionnant pas de désagrément ou de douleur. Cela n’aurait donc aucun lien avec une perception diminuée d’un stimulus sensoriel.

La dernière situation est l’hyposensibilité à la nocioception. Encore une fois, il est relativement commun d’entendre des parents parler de l’hyposensibilité à la douleur de leur enfant. Dans cet exemple, encore plus que dans les deux autres, le jugement joue un rôle important. Premièrement, il faut savoir que la douleur en soi n’est pas seulement une question de stimuli sensoriels. En effet,

« Le signal de douleur est différent en fonction de la cause de la douleur : une brûlure ne provoque pas la même sensation qu’une fracture. Mais la douleur varie également en fonction des personnes, de nos émotions, de notre mental, de notre stress, de notre éducation et de notre culture.

Selon les circonstances, elle est plus ou moins facile à supporter. Un moment de plaisir peut calmer un instant une douleur vive. Au contraire, une anxiété ou une période de dépression accentuent la douleur et la rendent plus difficile à vivre.

La douleur est donc une sensation complexe, à la fois physique et émotionnelle.

Elle se traduit par :

  • Une sensation physique, caractérisée par la localisation, l’intensité et l’évolution de la douleur (« ça pique », « ça brûle », ça fait « un peu » ou « très mal », « ça augmente » ou « ça diminue ») ;
  • Une émotion, qui correspond à ce que nous ressentons moralement (« c’est désagréable », « c’est pénible », « c’est inquiétant », « c’est insupportable ») ;
  • Un comportement, qui correspond à notre manière de réagir à la douleur, de l’exprimer par le corps ou par la parole (position, grimace, pleurs, cris, plainte) ;
  • Une réaction mentale, qui correspond à notre façon de la gérer, de l’interpréter, de lui donner un sens, de chercher à l’oublier ou à vivre avec.

Ces quatre aspects sont indissociables. Pour comprendre et soulager la douleur, il faut donc prendre en compte sa cause physique, mais aussi et surtout ce que la personne ressent, physiquement et moralement. »[xx]

Ainsi, lorsqu’une personne est jugée hyposensible à la douleur, cette évaluation repose uniquement sur notre perception personnelle et biaisée de la situation. Je n’ai trouvé aucune étude qui démontre que les personnes se disant hyposensibles à la douleur n’ont aucune réaction neuronale à un stimulus de douleur. Cela confirme donc que l’hyposensibilité à la douleur est un biais d’évaluation plutôt qu’une situation réelle de faible perception sensorielle.

En conclusion, je termine sur cette citation du Dr Mottron :

« Un mécanisme d’explication de la perception atypique des personnes autistes serait le bienvenu s’il fonctionnait. Autrement, en l’absence d’un modèle convaincant, un modèle plus modeste et descriptif mais positif est préférable, comme le modèle de surperfectionnement perceptif[xxi] : la perception autistique est généralement plus efficace, joue un plus grand rôle dans l’intelligence et est plus indépendante des processus de perception de niveau 3 (top-downs) que chez les personnes non-autistes. Cela favorise une « cartographie véridique » entre les éléments homologues de grands ensembles de données complexes. Le surdéveloppement des personnes autistes avec un retard de la parole pourrait avoir son équivalent chez les autistes sans retard de parole. »[xxii] (traduction libre. La référence pour le modèle de surperfectionnement perceptif est ajoutée)

Corrections orthographiques: Claude Filion

[i] Manuel diagnostic et statistiques des troubles mentaux version 5 (Diagnostic and statistical Manual of Mental Disorder).

[ii] Dictionnaire Larousse, https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/sensation/72091, consulté le 12 juillet 2019.

[iii] Beauchamps A., Le modèle du surperfectionnement en autisme, Sur le spectre-Vol 1, 2016, http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_1_2016-04.pdf, consulté le 12 juillet 2019.

[iv] Samson F., Un cerveau « perceptif », Sur le spectre-Vol 1, 2016, http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_1_2016-04.pdf, consulté le 12 juillet 2019.

[v] L. Mottron (2019): Detrimental ‘’Sensitivity’’ framework misses the positive performance, role and autonomy of autistic perception, Cognitive Neuroscience, DOI: 10.1080/17588928.2019.1596073

[vi] L. Mottron (2019): Detrimental ‘’Sensitivity’’ framework misses the positive performance, role and autonomy of autistic perception, Cognitive Neuroscience, DOI: 10.1080/17588928.2019.1596073

[vii] Conférence du Dr Mottron, L’hétérogénéité phénotypique fait obstacle au diagnostic catégoriel de l’autisme, mais informe sur ses mécanismes génétiques, neurologiques et cognitifs, https://decouverteaspi.wordpress.com/2016/09/04/conference-dr-laurent-mottron-categories-autistes-et-ds-4-vs-dsm-5/, consulté le 12 juillet 2019. (à partir de 14 minutes)

[viii]Danis É., Mieux comprendre le « pic aux blocs » en autisme, Sur le spectre-Vol 1, 2016, http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_1_2016-04.pdf, consulté le 12 juillet 2019.

[ix] Beauchamps A., Le modèle du surperfectionnement en autisme, Sur le spectre-Vol 1, 2016, http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_1_2016-04.pdf, consulté le 12 juillet 2019.

[x] Source Wikipédia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Objet_impossible, consulté le 12 juillet 2019,

[xi] Beauchamps A., Le modèle du surperfectionnement en autisme, Sur le spectre-Vol 1, 2016, http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_1_2016-04.pdf, consulté le 12 juillet 2019.

[xii] Cimon-Paquet, C. Percevoir les arbres et la forêt, http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_1_2016-04.pdf, consulté le 12 juillet 2019.

[xiii] Girard D., L’intelligence en autisme : Facteur « P » ou facteur « G », http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_1_2016-04.pdf, consulté le 12 juillet 2019.

[xiv] Beauchamps A., Le modèle du surperfectionnement en autisme, Sur le spectre-Vol 1, 2016, http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_1_2016-04.pdf, consulté le 12 juillet 2019.

[xv] Degré-Pelletier J., Les regards latéraux chez les jeunes enfants autistes, http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_1_2016-04.pdf, consulté le 12 juillet 2019.

[xvi] Beauchamps A., Le modèle du surperfectionnement en autisme, Sur le spectre-Vol 1, 2016, http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_1_2016-04.pdf, consulté le 12 juillet 2019.

[xvii] Beauchamps A., Le modèle du surperfectionnement en autisme, Sur le spectre-Vol 1, 2016, http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_1_2016-04.pdf, consulté le 12 juillet 2019.

[xviii] Samson F., Un cerveau « perceptif », Sur le spectre-Vol 1, 2016, http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_1_2016-04.pdf, consulté le 12 juillet 2019.

[xix] B. Barbeau E., La communication entre les deux hémisphères du cerveau autiste : connectivité diminuée ou réorganisée?, Sur le spectre-Vol 2, 2016, http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_2_2016-10.pdf , consulté le 12 juillet 2019.

[xx] Institut national du cancer, La douleur, c’est quoi?, https://www.e-cancer.fr/Patients-et-proches/Qualite-de-vie/Douleur/La-douleur-c-est-quoi, consulté le 12 juillet 2019.

[xxi] Beauchamps A., Le modèle du surperfectionnement en autisme, Sur le spectre-Vol 1, 2016, http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_1_2016-04.pdf, consulté le 12 juillet 2019.

[xxii] L. Mottron (2019): Detrimental ‘’Sensitivity’’ framework misses the positive performance, role and autonomy of autistic perception, Cognitive Neuroscience, DOI: 10.1080/17588928.2019.1596073

3 réflexions au sujet de « Les autistes : des super-extraordinaire-hyper…sensibles ! »

  1. Comme j’aime les articles de ce genre ! (et le fait qu’il soit rangé dans la catégorie « Anecdotes » alors que pour beaucoup de personnes – non-autistes ? – j’imagine qu’il pourrait paraître long et compliqué à lire) Merci d’avoir pris le temps de clarifier quelques notions et de rassembler des questionnements scientifiques. Très utile.
    Je me suis aussi toujours beaucoup questionnée sur l’ « hyposensibilité » parce que d’après les témoignages je trouvais pas que cela faisait référence à quelque chose de constant et identifiable, mais comme je ne m’identifiais pas moi-même à cette « hyposensibilité » (à part pour le froid, peut-être ? Mais ce n’est pas manque de sensibilité, je sens bien quand il fait « froid », seulement j’aime cette sensation, donc je ne me couvre pas), je n’avais pas cherché à comprendre au-delà. Je comprends mieux certaines choses maintenant grâce à votre travail, merci 🙂

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