Être ou ne pas être TSA, plus qu’une simple question sémantique.

L’utilisation de termes péjoratifs ou négatifs à l’égard de l’autisme a fait l’objet de plusieurs textes de la part de nombreux autistes ou personnes en lien avec l’autisme. Aut’Créatifs a même créé un tableau de terminologie positive1. Plusieurs personnes trouvent que cette discussion sémantique est un détail. Évidemment, je suis en complète opposition avec cette idée parce que les mots sont porteurs de sens. Ce n’est pas un détail pour des mots comme « fif, « pute » ou « nègre », alors ça ne devrait pas l’être pour l’autisme.

Voici comment, pour moi, l’appellation de trouble du spectre de l’autisme est porteuse d’idées et de concepts, qui surpassent la sémantique des mots.

  1. Erreur terminologique
    L’appellation trouble du spectre de l’autisme utilise le terme « spectre » pour définir la variété des profils autistiques en fonction d’une évaluation subjective sur les difficultés sociales et les intérêts spécifiques. Ainsi, certaines personnes seraient plus « affligées » ou « affectées » par l’autisme. Or, le terme « spectre » n’a même pas de définition médicale selon le Petit Larousse2.

    Spectre :
    Apparition fantastique et effrayante d’un mort : Croire aux spectres
    Littéraire. Personne hâve et maigre.
    Représentation effrayante d’une idée, d’un événement menaçant : 
    Agiter le spectre de la guerre.
    Bactériologie
    Ensemble des souches bactériennes sensibles à un antibiotique.
    Phonétique
    Représentation graphique à deux dimensions (amplitude et fréquence) des composantes acoustiques d’un son.
    Physique
    Ensemble des radiations monochromatiques résultant de la décomposition d’une lumière ou, plus généralement, d’un rayonnement complexe; ensemble des radiations émises, absorbées, diffusées, etc., par un élément, une espèce chimique, dans des conditions déterminées.

    Même en extrapolant la définition de la physique au médical, celle-ci ne représente pas le concept du spectre tel que définit pour l’autisme. En effet, il faudrait plutôt parler de l’ensemble des profils autistiques, sans hiérarchisation quelconque, au même titre que le bleu n’est pas supérieur au rouge. Ainsi, l’utilisation du mot spectre pour décrire toutes les idées de continuum visant à qualifier le niveau d’affectation d’une personne par rapport à d’autres, est tout simplement une utilisation inadéquate de la terminologie.

  2. Erreur de conception
    La définition d’un continuum fut créée pour représenter tous les profils autistiques possibles en créant une hiérarchie entre eux. Il serait donc possible d’émettre une hypothèse, selon cette définition, sur l’existence d’un demi-autiste à un extrême du spectre ou d’un double autiste, à l’autre extrême. Cette simple réflexion remet en question la valeur de la définition.

    Une personne est autiste ou pas. Ensuite, l’autisme pourrait être divisé en catégories. Le Dr Mottron énonce deux catégories : les prototypiques et les Aspergers. Puis, dans chaque catégorie, les individus pourraient être évalués objectivement pour connaître leurs forces et faiblesses. Cette structure catégorielle existe pour plusieurs conditions médicales, par exemple les capacités intellectuelles ou la vision, pourquoi l’autisme est-il différent ?

  3. Discrimination terminologique

L’utilisation des termes trouble du spectre de l’autisme voulait permettre d’englober tous les profils autistiques. Bien que l’intention soit louable, pourquoi est-elle réservée à l’autisme ? Est-ce que l’on parle du spectre de la schizophrénie, du trouble du spectre de la vision, du trouble du spectre alimentaire, du spectre du cancer ? Pourtant, toutes ces conditions ont aussi une variété de profils et il existe sûrement aussi un désir d’englober tous ces profils. Alors, pourquoi ne pas parler de spectre dans tous ces exemples ?

  1. Illogisme terminologique
    Le mot trouble signifie anomalie. Donc, cela implique que la situation concernée par le trouble existe sans être une problématique c’est à dire en étant la normalité. Par exemple, la vision existe sans être un trouble. En effet la majorité de personnes voient et certaines ont un trouble de la vision. Même chose pour l’alimentation : les gens mangent et certaines personnes développent un trouble alimentaire. Même constat pour le déficit d’attention, tout le monde est plus ou moins attentif et certaines personnes ont un trouble du déficit d’attention.

Si on change le mot trouble pour anomalie, cela devient l’anomalie du spectre de l’autisme. Il faut donc comprendre que spectre de l’autisme devient la normalité … ce qui n’a aucun sens parce que « spectre » a été utilisé pour qualifier l’anormalité de la situation.On peut donc dire que l’autisme devrait exister sans être un trouble. Or, selon le DSM V l’autisme n’existe pas, sans être un trouble.


En conclusion et pour ces raisons, rejetons cette terminologie de trouble du spectre de l’autisme, qui n’a ni fondement, ni respect, ni objectivité et affirmons-nous, avec fierté, tout simplement, comme autiste.

1Raconter l’autisme autrement, Lucila Guerrero, Antoine Ouellette et Marie Lauzon pour Aut’Créatifs, https://autcreatifs.com/2014/12/19/raconter-lautisme-autrement/, consulté le 15 juin 2017.

2Spectre, Petit Larousse, http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/spectre/74097, consulté le 15 juin 2017.

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6 réflexions au sujet de « Être ou ne pas être TSA, plus qu’une simple question sémantique. »

  1. tout à fais d’accord avec toi! Tout les gens qui travail et supportent les Autisme se battent depuis longtemps pour faire accepter leur différence …. et maintenant tous dans le même bain TSA !!!!!

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  2. Je suis parent d’un enfant autiste et j’ai toujours trouvé le mot « spectre » assez bizarre, moi aussi… J’avais l’impression qu’il était issu d’une mauvaise traduction de « spectrum » qui est plus près du sens d’un éventail de possibilités. J’ai déjà entendu Josef Chovanek, un autiste philosophe et écrivain bien connu, dire qu’il préfère pour sa part le terme « personne avec autisme », car cela sous-entend qu’il est une personne d’abord, avec la spécificité autistique. Un blogger autiste m’a dit récemment détester « personne avec autisme » parce qu’on n’entend jamais cette expression pour autre chose que l’autisme (personne avec…). Ton point de vue est aussi parfaitement justifié. L’important, c’est le respect et la dignité, d’abord et avant tout.

    Bonne continuité! Je suis tombée sur ton blog par chance, j’y reviendrai!
    Jofrommontreal (ablogonautism.wordpress.com)

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    • Merci!

      Pour une terminologie positive, je vous invite à lire le tableau terminologique de Aut’Créatifs:
      https://autcreatifs.com/2014/12/19/raconter-lautisme-autrement/

      En ce qui concerne l’utilisation de « personne avec autisme », je crois qu’il est faut d’affirmer que c’est utilisé seulement pour l’autisme, je suis en désaccord. L’expression est utilisé avec d’autres conditions médicales, mais comme pour l’autisme, je crois que c’est une utilisation langagière inadéquate au même titre que spectre. Aucune définition du terme « avec » s’applique pour le cas de condition neurologique ou physique.

      Pour ma part, je me qualifie d’autiste ou de personne autiste, lorsque je parle, à titre d’autiste. Sinon, je me qualifie comme une personne avant tout.

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  3. Si j’ai bien compris l’intervention de ce blogger, il ne parlait pas tant d’autres conditions médicales. Il trouvait plutôt étrange de se décrire en disant, par exemple, « je suis asiatique », « je suis trans » et « je suis une personne avec autisme ». Il semblait souhaiter une reconnaissance de cet aspect fondamental, intrinsèque, au même niveau (je suis autiste).

    Merci pour le lien!

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  4. J’ai un léger désaccord au sujet de l’utilisation du mot spectre. Premièrement ce n’est certainement pas le Petit Larousse, dictionnaire familial, qui détermine la légitimité sémantique d’un mot. C’est l’usage qui fait le sens. Si on prend le dictionnaire Antidote, certainement plus à jour : « Étendue couverte par l’action de quelque chose. Médicament à large spectre. » Si comme vous l’affirmez il y a continuum, on parle donc de linéarité, ce qui ne correspond pas du tout au terme autisme qui lui est vague; Multi-causales avec une étiologie floue et une symptomatologie très variée, ce qui correspond d’avantage au sens de « spectre » évoqué plus haut. Par ailleurs, vous avez tort quant à l’affirmation qu’il n’y a pas d’utilisation médicale. La bactériologie appartient au domaine biomédicale et je peux vous confirmer que le terme spectre est abondamment utilisé.

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    • « Par ailleurs, vous avez tort quant à l’affirmation qu’il n’y a pas d’utilisation médicale. »
      Si vous lisez le texte, cette phrase est en lien avec les définition du Petit Larousse, qui ne donne aucun définition au niveau médical.

      « Si on prend le dictionnaire Antidote, certainement plus à jour : “Étendue couverte par l’action de quelque chose. Médicament à large spectre. » À ce que je sache, je ne suis pas quelque chose ou l’autisme n’est pas quelque chose. En plus, si nous appliquons cette définition, le TSA serait le trouble de l’étendue couverte par l’action de l’autisme. Ainsi, l’autisme ne serait pas un problème, mais c’est l’étendue de celui-ci qui en serait un. Cette définition n’a pas plus de sens.

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