Nous sommes tous un peu humoriste!

Collaboration: Mathieu Niquette, metteur en scène et collaborateur avec des humoristes dont Les Pics-Bois et Sylvain Larocque.

L’humour : quel drôle de concept! Un concept tellement simple et en même temps, tellement vague et compliqué, qu’un mythe sur les autistes voudrait que ceux-ci n’aient pas le sens de l’humour. La formulation même de ce mythe est complètement absurde. Comme si les autistes ne riaient jamais…Alors comment expliquer que les autistes soient affublés de ce mythe?

Deux caractéristiques de l’humour permettraient de répondre à cette question. La méthodologie de création de l’humour avec les styles et l’écriture et la catégorie de rire recherché.

Comme pour l’écrivain, l’humoriste a des techniques d’écritures. Sans faire un cours théorique sur l’écriture, une des techniques partagée par tous les humoristes: l’effet de surprise. Un bon numéro d’humour doit orienter le spectateur dans une direction et conclure sur une direction complètement différente. Le spectateur ne devrait pas être capable de prédire la conclusion. L’effet de surprise provoque donc le rire.

Ainsi, pour des personnes ayant une conception abstraite et logique comme les autistes, cette conclusion, sans aucun lien avec les éléments précédents, crée une distorsion cognitive. L’autiste est donc subjugué par ce lien illogique et s’interroge sur le raisonnement permettant la liaison plutôt que d’être surpris par une conclusion imprévisible.

À ce processus d’écriture, s’ajoute le style de l’humoriste (costume, gestuelle, intonation, décor, contexte social etc.), qui prédispose le spectateur à cet effet de surprise. Pour être influencé par cette mise en scène, le spectateur doit avoir deux compétences: comprendre tous les moyens de communication n’utilisant pas le vocabulaire et la théorie de l’esprit. Deux lacunes importantes chez les autistes. En d’autres termes, le même numéro, dans un contexte complètement différent, ne serait pas aussi drôle. Imaginez Mike Ward en chemise hawaïenne californien, François de Bellefeuille chauve et sans lunette, Jean-François Mercier sans sacre…

En plus, lorsque l’humoriste écrit un numéro, celui-ci tente de créer un sentiment, en lien avec son objectif, et qui sera reflété par le type de rire.

Objectifs

Types de rire

Divertir/amuser

Rire aux larmes

Critique/opposition

Rire forcé

Vexer/choquer

Rire jaune

Satyre

Rire grinçant

vulgarité

Rire gras

Tous ces rires s’expriment selon un contexte précis. Ils démontrent la réussite du transfert de pensée entre l’humoriste et le spectateur. Celui-ci se fait grâce à l’empathie et la théorie de l’esprit : deux lacunes des autistes. Est-ce que cela veut dire que l’autiste est limité à un humour froid, logique et abstrait.

Non, l’autiste peut aussi rire des histoires. Cependant, pour l’autiste, ce qui est drôle n’a aucun lien avec le contexte. L’humour provient de l’idée, du raisonnement, de l’originalité de la langue, des références sociologiques etc. Cela sera toujours drôle sans considération pour l’endroit, la personne ou la mise en scène. L’humour se retrouve dans la pureté du texte.

L’autiste n’étant pas dénaturé de la compassion, celui-ci, selon ses expériences personnelles, peut compatir aux malheurs de l’autre ou rire du ridicule de la situation. Par contre, encore une fois, c’est le texte qui fait rire l’autiste. Les qualités du conteur et la mise en scène n’ont aucune influence. Le texte sera toujours drôle peu importe le conteur ou le lieu.

En somme, je pourrais dire que l’humour des autistes est un humour simple, limpide et sans artifice. Il rend hommage à la qualité des textes.

Révision et corrections : Claude Filion

Rendons à l’autisme, ce qui appartient à l’autisme et laissons le reste aux autres!

Dans l’univers de l’autisme, la question la plus énigmatique est sûrement : quelle est la cause de ce développement neurologique et qu’elle est sa définition?

Une définition médicale de l’autisme universellement acceptée est celle du DSM-V.1 Or, cette définition n’est que la somme de difficultés que vivent certaines personnes. Ainsi, toutes les personnes ayant ces difficultés peuvent être diagnostiquées comme autiste. Cette définition ne respecte pas la rigueur scientifique étant donné que le contexte influence le diagnostic. Cela a pour conséquence que l’autisme doit être qualifié et catégorisé pour corroborer la réalité médicale. Cela a un double effet : d’une part, l’autisme devient « un faux » diagnostic pour des personnes vivant de multiples problématiques et d’autre part, lorsqu’une personne reçoit un diagnostic d’autisme, on y accole tous les autres troubles que peut vivre cette personne. Mais comment une « maladie » peut-elle être la cause d’autant de situation ? À ma connaissance,

  • l’autisme est la seule « maladie » qui peut être diagnostiquée à cause de la somme des effets de d’autres maladies,

  • le seul état neurologique ayant deux causes : une génétique et une autre inconnue (syndromique/non-syndromique),

  • la seule « maladie » qui discrimine les malades entre eux (fonctionnel/non fonctionnel, bas/haut niveau, vrai/faux autiste).

Cette absurdité entraîne une quête de savoir sur les causes et les traitements et elle est accompagnée de plusieurs hypothèses engendrant des dommages collatéraux importants (l’alimentation, les vaccins, la mauvaise mère, le « packing », etc.) Selon moi, cette quête de savoir est tout simplement un faux dilemme puisque, sans le savoir ou le percevoir, le domaine médical connaît déjà la cause de l’autisme et de ses manifestations soit : la définition de l’autisme elle-même.

Pour illustrer mon concept, voici la description d’un trouble neurologique, qui est disparue du DSM-V. La personne atteinte de ce trouble :

  • a de la difficulté ou une incapacité à utiliser plusieurs outils

  • est maladroite

  • subit de l’exclusion sociale

  • est confinée à certains sièges ou positions selon les activités.

Ce trouble neurologique n’est pas disparu, il n’est tout simplement plus un trouble. Ces personnes sont des gauchers. Elles vivent toutes avec ces quelques difficultés, mais depuis que l’utilisation de la main gauche n’est plus une maladie, plusieurs solutions ont été mises de l’avant pour accommoder les gauchers et les inclure, malgré que la cause médicale de la gaucherie est encore inconnue. On ne dit pas d’un gaucher qu’il est de bas/haut niveau selon sa capacité à écrire. Il est gaucher et peut-être dyslexique si c’est l’explication pour sa difficulté à écrire. Selon moi, le même principe s’applique pour l’autisme.

Ainsi, si le corps médical accepte de définir l’autisme comme un état neurologique différent et responsable des particularités sociales des autistes, la recherche de la cause n’est plus obligatoire. Cependant, comme pour les gauchers, une révision de la définition de l’autisme devra être faite, non pas en cherchant une cause expliquant des problématiques, mais en définissant l’unicité caractérisant les autistes par rapport aux non-autistes. Ainsi, la recherche doit se consacrer à définir les caractéristiques neurologiques uniques aux autistes par rapport aux non-autistes. Avec celles-ci, des solutions pourront être identifiées et développées pour assurer une meilleure intégration des autistes et des non-autistes. Au même titre qu’on a développé des outils lorsque la situation des gauchers a été reconnue et acceptée. Alors, l’autisme ne serait plus un amalgame de difficultés ou de particularités chez un individu, mais un fait objectif et évaluable au-même titre que la droiterie ou la gaucherie.

Avant de définir l’unicité des caractéristiques autistiques, regardons ce qui les distingue.

Mon ami Antoine Ouellette2 m’a soumis une distinction neurologique, aucunement démontrée scientifiquement, mais que j’entérine. L’hypothèse se base sur des observations empiriques et des articles scientifiques sur l’autisme3. Les autistes réfléchiraient en commençant par analyser les détails pour finaliser une conclusion générale. Alors que les non-autistes font le processus inverse en analysant la situation globalement pour en déduire les détails confirmant la situation globale. Ce processus neurologique explique toutes les particularités des autistes :

  • La difficulté à comprendre le second niveau, les sous-entendus, le sarcasme, les métaphores, les expressions etc.

La pensée autistique explique cette caractéristique par elle-même. Si vous prenez les détails d’une situation impliquant ces concepts, il est impossible d’arriver à la généralité exprimée. Pour des exemples de ceci, je vous invite à lire la série de Vous êtes drôle !

  • Le langage non-verbal

La pensée autistique explique ceci en considérant que le langage non-verbal est un ensemble de positions corporelles faisant référence à un concept. L’ensemble de la personne évoque une intention et les détails vont confirmer celle-ci. Or, en partant de chaque détail pour déduire un sens global, cela devient impossible. La contradiction souvent présente entre les mots utilisés et le langage non-verbal complexifie aussi l’opération de décodage.

Les autistes peuvent par contre apprendre le langage non-verbal comme ils apprennent une nouvelle langue. Au lieu d’associer des sons pour créer des mots, ils associent des postures, tonalités et expressions faciales pour créer un message ou une émotion.

  • Les problématiques sensorielles

Les non-autistes éliminent inconsciemment des centaines de stimuli provenant de leur environnement lorsque ceux-ci ne sont pas nécessaires pour l’atteinte de leurs objectifs ou buts. Ainsi, le même environnement est perçu différemment par chaque non-autiste selon ses caractéristiques, son histoires, ses expériences et ses besoins.

Or, si vous ne filtrez pas ces centaines de stimuli le cerveau peut subir une surcharge de message neurologique créant une hypersensibilité ou à l’inverse, pour se protéger, le cerveau peut annihiler les messages neurologiques engendrant de l’hyposensibilité.

Puisque la pensée autistique commence par l’analyse des détails, les autistes éprouvent l’une ou l’autre des caractéristiques, selon la situation.


Par contre, dans aucun cas, ce triage des messages fait des autistes des personnes avec des problématiques sensorielles très contraignantes. Les problématiques sensorielles existent chez les autistes et chez les non-autistes. La pensée autistique n’est qu’un facteur « additif ». Ainsi, prétendre que les problématiques sensorielles sont un critère de diagnostic pour l’autisme est une erreur d’incompréhension et de confusion entre l’autisme et les problématiques sensorielles.
Au même titre, les problématiques sensorielles ne sont pas un critère de diagnostic pour le déficit d’attention avec ou sans hyperactivité (DA/DAH)
4. Or, les personnes DA/DAH ont elles aussi des problématiques sensorielles.

  • Intérêts spécifiques, gestes répétés

Pour moi, cette caractéristique est tout simplement un mythe. Je ne crois pas que les autistes ont des intérêts plus spécifiques que les non-autistes. Les intérêts des autistes sont tout simplement moins conventionnels et valorisés et peuvent paraître étranges, mais le temps consacré à ceux-ci n’est pas plus important.

Pensez aux athlètes amateurs ou professionnels, à tous les professionnels dans un domaine, aux adolescents, à de nombreux utilisateurs des médias sociaux, aux artistes, aux botanistes, ornithologues, etc. Ces personnes consacrent plusieurs dizaines d’heures par semaine à un intérêt et aiment en parler. Dans leur cas, on parle de passion.

Un travailleur ayant un horaire standard va consacrer 35-40 heures par semaine à son travail, sans compter les exigences horaires de plusieurs domaines qui portent ces heures à 50-60-70 heures par semaine. À ce temps s’ajoute toute l’implication non-rémunérée. Connaissez-vous beaucoup d’individus qui ne parlent jamais de leur travail à l’extérieur de l’horaire de travail ? Dans leur cas on parle de professionnalisme, d’amour du travail.

Considérant que nous avons dans une semaine environ 90 heures à consacrer à des besoins autres que les besoins primaires, à partir de combien d’heure avons-nous des intérêts spécifiques ? À partir de mon observation, il est possible de déduire que la majorité des professionnels consacrent 50 % et plus de leurs temps libre à un intérêt. Pourtant, ils ne sont pas tous autistes.

Finalement, j’ajouterai que lorsque vous percevez tous les détails de votre environnement, chaque objet peut devenir un monde de découverte !

  • Anxiété, rigidité, routine

La peur de commettre des erreurs dans nos relations sociales, d’être victime d’agressions physiques ou verbales et notre incapacité à comprendre le langage non-verbal ou les sous-entendus peuvent créer des situations anxiogènes. Par contre, il est faux de dire que les autistes sont plus anxieux ou rigides que les non-autistes. Lorsque les deux sont confrontés à des situations inconnues, à la peur de l’échec ou de commettre une erreur ou de subir une agression physique ou verbale, l’anxiété est la même.

Ces situations sont tout simplement plus nombreuses pour les autistes que les non-autistes dû à l’omniprésence des points précédents. Il ne faut pas confondre les troubles anxieux que certains autistes peuvent avoir, tout comme les non-autistes, avec la pensée autistique.

Voilà mon analyse sur la pensée autistique qui va du détail vers le général, permettant d’expliquer les problématiques observées chez les autistes. De plus, cela permet de constater que plusieurs problématiques sont dissociables de l’autisme.

Rendons à l’autisme ce qui appartient à l’autisme.

Révision  et corrections : Claude Filion

1L’autisme, tel que défini par le DSM-5, est caractérisé par deux catégories de comportements atypiques. La première catégorie concerne la communication sociale et les interactions sociales, alors que la seconde touche les aspects restreints et répétitifs des comportements, intérêts et activités. (Association québécoise des neuropsychologues – https://aqnp.ca/documentation/developpemental/le-spectre-autistique/)

2Autisme et la galaxie d’Andromède, Antoine Ouellette, http://antoine-ouellette.blogspot.ca/2016/04/autisme-et-la-galaxie-dandromede.html, consulté le 20 avril 2016.

3Percevoir les arbres et la forêt, Catherine Cimon-Paquet, Sur le spectre – vol 1, Groupe de recherche en neurosciences cognitives de l’autisme de Montréal, http://www.autismresearchgroupmontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_1_2016-04.pdf, consulté le 20 avril 2016
Un cerveau perceptif, Fabienne Samson,
Sur le spectre – vol 1, Groupe de recherche en neurosciences cognitives de l’autisme de Montréal, http://www.autismresearchgroupmontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_1_2016-04.pdf, consulté le 20 avril 2016
Le modèle du surfonctionnement perceptif en autisme, Alexis Beauchamps, Sur le spectre – vol 1, Groupe de recherche en neurosciences cognitives de l’autisme de Montréal, http://www.autismresearchgroupmontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_1_2016-04.pdf, consulté le 20 avril 2016
Mieux comprendre le « pic aux blocs » en autisme, Éliane Danis, Sur le spectre – vol 1, Groupe de recherche en neurosciences cognitives de l’autisme de Montréal, http://www.autismresearchgroupmontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_1_2016-04.pdf, consulté le 20 avril 2016
L’intelligence en autisme : facteur « p » ou facteur « G », Dominique Girard, Sur le spectre – vol 1, Groupe de recherche en neurosciences cognitives de l’autisme de Montréal, http://www.autismresearchgroupmontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_1_2016-04.pdf, consulté le 20 avril 2016

4J’exclue volontairement le mot trouble, puisqu’au même titre que l’autisme, ceci n’est pas un trouble pour moi.