L’anxiété, les traumatismes et l’autisme.

De plus en plus de personnes me questionnent sur l’anxiété et l’autisme. J’ai donc décidé de faire un survol de la littérature scientifique sur le sujet. Par contre, loin de moi l’idée de faire un texte sur les techniques d’intervention et de gestion de l’anxiété. L’organisme La Clé des Champs[1], en collaboration avec monsieur Antoine Ouellette[2] ont créé des interventions spécifiques pour la gestion de l’anxiété chez les autistes. Ainsi, ce texte est plutôt un résumé des découvertes scientifiques sur le sujet, même si elles sont peu nombreuses. Après mes lectures, je dirais que les recherches scientifiques se sont intéressées à quatre sujets, qui seront élaborés, soit l’influence des émotions sur la mémoire, l’anxiété chez l’autiste, les traumatismes chez les autistes et les mécanismes de désamorçage de la peur.

  1. INFLUENCE DES ÉMOTIONS SUR LA MÉMOIRE

Même si la mémoire n’a pas un lien direct, au niveau des causes de l’anxiété et des traumatismes, elle est quand même une prémice à ceux-ci. Si il est impossible de se souvenir d’un événement, celui-ci ne peut être anxiogène ou traumatisant, par définition. Ainsi, comme pour les non-autistes, la mémorisation des événements a un lien direct avec la charge émotive de ceux-ci. Ainsi, les événements ayant une forte charge émotive, positive ou négative, seront mieux mémorisés.[3]

  1. ANXIÉTÉ CHEZ LES AUTISTES

Il est estimé qu’environ 50 % des autistes ont un niveau d’anxiété élevé affectant directement leurs capacités quotidiennes et leur qualité de vie. Même l’évaluation de leurs niveaux de fonctionnement, selon le DSM- 5, serait influencée étant donné le lien bidirectionnel entre l’anxiété et les compétences sociales.[4] Comme l’anxiété affecte aussi les neurotypiques et que les facteurs influençant le niveau d’anxiété chez ceux-ci sont connus, la recherche s’est intéressée à savoir si ces facteurs ont aussi une influence chez les autistes. Ainsi, les facteurs étudiés sont l’intolérance à l’incertitude, l’alexithymie et l’acceptation des émotions.

2.A INTOLÉRANCE À L’INCERTITUDE

Les recherches ont déjà démontré que les autistes intolérants à l’incertitude ont un plus haut niveau d’anxiété et qu’il existe un lien direct entre les symptômes de l’autisme et l’intolérance à l’incertitude et l’anxiété. Ainsi, un autiste avec une faible intolérance à l’incertitude et évalué avec une capacité plus faible d’adaptation (niveau 3 selon le DSM- 5) fera plus d’anxiété qu’un autiste ayant une meilleure capacité d’adaptation (niveau 1-2 selon le DSM-5) et une plus grande tolérance à l’incertitude. De plus, l’intolérance à l’incertitude est directement influencée par les symptômes autistiques et l’alexithymie. Malgré ceci, l’intolérance à l’incertitude expliquerait seulement 36 % de l’anxiété chez les autistes et reste au stade des hypothèses comme cause possible des comportements jugés restreints ou répétitifs ou de la rigidité exprimée par certains autistes. Ainsi, selon cette hypothèse, ces caractéristiques autistiques seraient une technique de gestion de l’anxiété.[5]

2.B ALEXITHYMIE

Même si la cause de cet état est inconnue,  les autistes possèdent plus souvent cette condition que les non-autistes. De plus, il existe un lien direct entre le niveau d’alexithymie et le niveau d’anxiété pour les autistes. Cette corrélation permet de soutenir l’hypothèse de Bird et Cook affirmant que plusieurs difficultés sociales que vivent les autistes seraient dues à l’alexithymie plutôt qu’à l’autisme lui-même. Cette hypothèse se fonde sur la conception qu’une personne ayant des difficultés à ressentir et à identifier ses émotions ou celles des autres pourrait avoir, à la suite d’une interaction sociale, une réaction inadéquate allant de l’ignorance à une manifestation extrême.[6]

2.C ACCEPTATION DES ÉMOTIONS

Les interventions cognitive-comportementales ont déjà démontré des effets positifs pour la gestion de l’anxiété pour les autistes et les non-autistes. Maintenant, la recherche démontre qu’il existe une différence importante, entre ces deux groupes, lors de l’intervention. Ainsi, avec les non-autistes, l’intervention consiste à fournir des moyens pour identifier les erreurs de pensée et les modifier afin d’influencer le niveau d’anxiété. Pour les autistes, le critère de l’acceptation émotionnelle serait primordial pour le succès de ces interventions c’est-à-dire de diminuer le niveau d’anxiété. Ainsi, l’intervention avec un autiste doit lui permettre d’analyser, de comprendre et d’accepter les émotions qu’il vit par rapport à une situation, et ce, contrairement aux non-autistes, sans tenter de modifier ses pensées ou ses émotions. Cette adaptation de l’intervention aurait un effet important sur la rigidité et les comportements répétitifs puisque ceux-ci seraient une manifestation directe de l’anxiété.[7] Lorsque l’anxiété perdure ou est à un niveau très intense, celle-ci peut se transformer en traumatisme. Mais quel est la relation entre traumatisme et autisme ?

  1. TRAUMATISMES

Dans ce texte, les mots traumatisme ou événement traumatique sont définis comme un événement ou une série d’événement, vécu par une personne, et qui a des effets négatifs immédiats et/ou à retardement dans le temps. Les autistes seraient plus à risque de vivre des événements traumatiques et d’avoir des séquelles de ceux-ci.  Cela s’expliquerait par le fait que l’autisme regroupe plusieurs facteurs de risque en lien avec les traumatismes dont un faible niveau d’habilité en communication (émotionnelle, verbale ou de leur expérience) ou l’isolement. La naïveté sociale et les comportements sociaux inappropriés des autistes augmentent aussi les risques d’être victime d’une agression ou d’avoir des démêlés avec la justice. Même si les autistes ont plus de risques de vivre des traumatismes, sont-ils plus à risque de développer un stress post-traumatique?[8]

Il existe un lien direct entre le risque de développer un stress post-traumatique et le nombre d’événements traumatisants vécus. Comme les autistes ont plus de risque de vivre un traumatisme, ils ont donc plus de probabilités de développer un stress post-traumatique. Cependant, l’influence de l’autisme, sur le stress post-traumatique dépasse cette corrélation mathématique. Chez les enfants autistes, ceux-ci ont significativement plus de risques de vivre de l’anxiété, de la dépression ou des troubles de comportements comparativement à tous les autres développements atypiques incluant le syndrome de Down (trisomie 21). Cette situation s’applique aussi pour le stress post-traumatique. Les différences neurobiologiques (cortex préfrontal, amygdale, les connexions entre les zones du cerveau etc.) ainsi que les mécanismes cognitifs et psychologiques différents des autistes (la perception, rigidité mentale, le traitement de l’information etc.) pourraient expliquer cette situation, mais aucune étude confirme le lien directe avec un de ces facteurs ou plusieurs d’entre eux.[9]

  1. DÉSAMORÇAGE DE LA PEUR

Finalement, les situations d’anxiété et de traumatisme engendrent la peur chez tous les individus. Mais la gestion de celle-ci est-elle différente chez les autistes ? En ce qui concerne les peurs conditionnées,[10] les autistes et les non-autistes ont les mêmes processus d’acquisition de celles-ci. Par contre, les autistes auraient des déficiences avec la gestion. Ils n’auraient pas les mêmes moyens biologiques pour lutter contre celles-ci et auraient une capacité inférieure à éliminer la réaction de peur lorsque le stimulus neutre est présent, sans le contexte engendrant la peur. Les autistes auraient ainsi des difficultés à dissocier le stimulus neutre du contexte personnel[11].

Pour expliquer ces difficultés, des hypothèses sur le nombre de connexions inférieures entre l’amygdale et les autres zones du cerveau, notamment le cortex frontal, et une formation anatomique différente de l’amygdale, sont émises.[12]

En conclusion, je ne crois pas que les autistes soient plus propices aux peurs ou à l’anxiété que les non-autistes. Par contre, les autistes vivent ce qui pourrait être appelé un stress adaptatif c’est-à-dire qu’étant donné leurs caractéristiques, les autistes vivent un stress en lien avec les adaptations qu’ils doivent faire pour pouvoir répondre aux exigences de la société. Leurs caractéristiques neurobiologiques, cognitives et psychologiques sont des facteurs de risques pour développer de l’anxiété, de la peur et des traumatismes selon la littérature scientifiques. En ce sens, il est donc vrai d’affirmer que les autistes vivent plus de problématiques en lien avec l’anxiété et qu’ils sont plus anxieux. Mais le constat serait-il le même à l’égard des neurotypiques si ceux-ci devaient vivre dans une société autistique ? Ainsi, est-ce réellement l’autisme qui prédispose à l’anxiété ou plutôt le fait de vivre dans un environnement non adapté, voire parfois hostile, qui engendre l’anxiété et les traumatismes ?

[1]     Approche globale pour personnes autistes: La clé pour maîtriser les troubles anxieux, édition La clé des champs http://www.lacledeschamps.org/

[2]     http://antoine-ouellette.blogspot.ca/

[3]     Katie L. Maras, Sebastian B. Gaigg, and Dermot M. Bowler, Memory for emotionnally arousing events over time in autism spectrum disorder, American psychological associations, 2012, vol 12, no 5., 1118-1128

[4]     Max E. Mai sel, Kevin G. Stephen son, Jacqui Rodgers, Mark H. Freeston, Sebastian B. Gaigg and Mikle South, Modeling the Cognitive Mechanisms Linking Autism Symptoms and Anxiety in Adults, Journal of abnormal psychology, 2016, vol 125, no. 5, 692-703.

[5]     Idem.

[6]     Idem.

[7]     Idem.

[8]     Connor Morrow Kerns, Craig J. Newschaffer et Steven J. Berkowitz, Traumatic Childhood Events and Autism Spectrum Disorder , J Autism Dev Disord (2015) 45:3475–3486

[9]     Idem.

[10]   Lorsqu’une personne développe un sentiment de peur à l’égard d’un stimulus neutre c’est-à-dire qui ne provoque pas d’émotion. Un stimulus non neutre serait, par exemple, une image de guerre. Ce conditionnement est créé par un contexte personnel. Un exemple serait une personne ayant un sentiment de peur à l’égard d’une image de bouteille de bière à cause d’un parent alcoolique et violent. En tant que tel, une image de bouteille de bière n’a aucune charge émotive par rapport à une image de guerre par exemple. Pourtant, cette image crée le sentiment et les manifestations de peur puisqu’une association a été créée entre la bouteille de bière et la violence d’un parent.

[11]   Sebastian B. Gaigg ∗, Dermot M. Bowler, Differential fear conditioning in Asperger’s syndrome: Implications for an amygdala theory of autism, neuropsychologia 45, 2007, 2125-2134.

[12]   Idem.

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Une réflexion au sujet de « L’anxiété, les traumatismes et l’autisme. »

  1. Ping : Les galères de se soigner de traumas en étant autistes. – Fina, la première femme toujours dans la Lune, dyspraxique et antivalidiste.

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