Être autiste et parent… un défi surmontable !

Alors que j’étais en couple depuis quelques années, nous avons décidé ma conjointe et moi d’avoir des enfants. À ce moment-là je ne savais pas que j’étais autiste. Je m’imaginais avec trois enfants, sans considération sur le sexe ou le nombre de grossesse. Au final, ceci fut respecté. J’ai conçu trois enfants dont malheureusement un fut une fausse couche. Je désirais être père pour transmettre un savoir et partager des connaissances. Je crois qu’à l’époque je percevais le rôle de père comme celui des Maîtres de l’antiquité ou du Moyen-âge. Ceux-ci éduquaient et formaient les enfants pour qu’ils deviennent des artisans. Je rêvais qu’un jour mes enfants me surpassent dans mes connaissances et mon savoir. Je voulais qu’ils soient une somme de leur mère et de leur père auquel s’ajoutait autre chose. Je voulais qu’ils soient meilleurs que leurs parents. Alors, j’aurais su que j’avais accompli mon rôle de père. Rétrospectivement, je réalise que cette vision était très inspirée des philosophes grecs et des élèves qu’ils formaient et dont ils assuraient l’éducation.

Dans la réalité, j’ai deux enfants, un garçon de 9 ans et une fille de 3 ans. J’ai appris que j’étais autiste quelques semaines après la naissance de ma fille. Je suis divorcé depuis deux ans et je suis avec mes enfants une fin de semaine sur deux et une journée ou plus durant la semaine, selon les situations.

Est-ce qu’élever un enfant est exigeant ? C’est sûrement le rôle le plus exigeant qui soit. Je suis confronté aux mêmes défis que les autres parents. Je veux le meilleur pour mes enfants et je veux leur éviter les difficultés et les malheurs que j’ai vécus. Alors, comment est-ce pour moi qui suis considéré comme ayant des difficultés sociales, de communication et des intérêts limités ? C’est un défi. Mais quelle influence joue l’autisme dans mon rôle parental ?

Durant les grossesses je me suis imaginé avoir un enfant qui aurait des similitudes avec moi. Pas au niveau de l’apparence physique, cela n’a pas d’importance pour moi qu’il me ressemble ou qu’il ressemble à son grand-père maternel. Par contre, je rêvais de lui montrer à jouer aux échecs quand il aurait autour de 4 ans. Je m’imaginais assis à côté de lui, en jeu parallèle (étape du développement des enfants vers 18-24 mois où l’enfant ne joue pas avec les autres, mais à côté d’eux)1. Dans le fond, je voulais un enfant avec une vision et des besoins similaires aux miens. Je voulais être épanoui dans mon rôle de père, pour mon accomplissement personnel, et aussi pour que mes enfants aient le meilleur père. Je croyais que cela arrivait lorsqu’il y avait des ressemblances. Or, mes enfants sont typiques, ils ne sont pas autistes comme moi. Heureusement, j’ai compris que je peux être un père accompli, épanoui et que mes enfants aient le meilleur père possible malgré nos différences. Je n’ai qu’à leur offrir le meilleur de moi-même et faire confiance à ma famille qui m’accompagne et m’épaule dans mon rôle de parent.

Et concrètement, dans mon rôle de père, qu’est-ce que ça change que je sois autiste ?

Depuis ma naissance je suis confronté à l’univers des personnes typiques, et je m’adapte, tant bien que mal, selon les situations. Or, avec mes enfants, je dois augmenter mon adaptation afin de leur assurer l’environnement le plus respectueux possible, considérant leur jeune âge. Cela exige énormément d’énergie et d’efforts et je ne me sens pas complètement authentique. Pourrais-je élever seul mes enfants, sans support de ma famille? Sûrement, mais je ne crois pas que je pourrais avoir un rythme de vie traditionnel. Je devrais faire un choix entre mes enfants, même si ceux-ci vont à l’école et à la garderie, et le travail par exemple. Le fait d’être constamment confronté à leur univers « typique » engendrerait trop de problèmes de santé à cause de mes manifestations psychosomatiques reliées entre autres au stress.

Parmi les effets moins positifs liés aux caractéristiques autistes, il y a les intérêts spécifiques et mes limitations sociales. Par exemple, lorsque vient le temps de développer les apprentissages cognitifs par le jeu, je suis assez démuni. Je peux passer plusieurs minutes à construire un château en Lego, mais lorsque vient le temps d’animer ce fabuleux château pour sauver la princesse du méchant dragon, cela se résume rapidement : « Il était une fois, un chevalier, une princesse et un dragon. Le chevalier terrasse le dragon et sauve la princesse. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfant. Fin ! » Je caricature à peine.

À l’inverse, si l’activité concerne mes intérêts, mes enfants doivent se sauver pour que l’activité arrête. S’ils s’endormaient, je ne sais même pas si je m’en rendrais compte. Je caricature, encore, à peine. J’ai arrêté de compter le nombre de fois que j’ai déçu ma fille étant incapable de jouer à la poupée ou à n’importe quel jeu de rôle non structuré par un animateur. Mon fils a aussi dû s’adapter. Maintenant, lorsqu’il veut que je joue avec lui, plutôt que de me proposer une activité de son choix, il cherche une activité qui m’intéressera et à laquelle il peut s’intégrer. Je ne sais plus combien d’heures il a passées à tout simplement me regarder jouer à des jeux vidéo et à me combler d’éloges à chaque niveau réussi.

Autre effet de mon autisme : mon besoin de stabilité. Malgré des effets positifs, cela a aussi un effet négatif, modulant ma capacité d’innovation par rapport aux besoins des enfants à être exposés à différentes situations, que ce soit avec les repas ou les activités. Là aussi je compte sur l’aide de ma famille.

La plus importante limite à mon rôle parental est sûrement ma difficulté à participer aux événements sociaux de mes enfants comme les spectacles d’école. Je n’ai presque jamais participé à ceux-ci. C’est tout simplement un acte de sacrifice. Tout s’oppose à ma présence : l’hyperstimulation sensorielle (bruit, contact physique, odeur, lumière etc.), les rencontres sociales imprévisibles et non définies, intérêts discordants ou l’incompréhension de certains spectacles étant donné leurs références à la culture « typique ».

Par ailleurs, parallèlement à ces effets, il y a les autres, ceux qui sont positifs.

Une des caractéristiques qui m’apparaît très positive pour l’éducation de mes enfants, malgré un petit effet négatif, est mon besoin de stabilité. Cette stabilité influence deux facteurs importants dans le développement des enfants : les routines et la discipline. Si un conseil est universel dans l’éducation des enfants c’est peut-être bien l’installation de la routine en lien avec une constance dans les règles de fonctionnement. Coïncidence, cela fonctionne bien aussi pour la plupart des autistes et cela fonctionne très bien pour moi. Mon père, avec qui je vis depuis mon divorce, a même surnommé un menu « Celui des petits-enfants » puisque je fais ces repas lorsqu’ils sont à la maison et quasiment uniquement dans ces moments-là.

Pour la discipline, ma perception autistique, du particulier au général, se reflète dans mes interventions. Ainsi, avant d’intervenir comme parent, je me pose toujours trois questions:

1- A t-il blessé quelqu’un ?

2- Quelqu’un l’a t-il blessé ?

3- Est-ce dangereux pour lui ou une autre personne ?

Si je réponds non à toutes ces questions, je prends quelques instants de réflexion pour adopter un comportement proportionnel et adéquat aux répercussions réelles du geste qui demande une intervention de ma part, sans considération émotive, sociale ou personnelle. Ainsi, je suis plus juste et équitable envers mes enfants et mes décisions sont plus uniformes et stables dans le temps. En aucun cas, cette approche suggère que mes enfants n’ont pas de conséquence par rapport à leurs actions, et au contraire, cette approche suggère l’inverse. Cependant, la conséquence est adaptée à la situation et n’est pas influencée par des facteurs externes comme une mauvaise journée au travail. Pour illustrer cette approche parentale, j’utilise souvent un exemple dans mes conférences. Lorsque mon fils avait autour de 4-5 ans, il prenait un bain pendant que moi et sa mère discutions avec une intervenante. Lorsque mon fils sort de la chambre de bain, un nuage de vapeur blanche l’accompagne. Il a vidé le contenant, format Costco, de poudre à bébé sur lui et le plancher. Les trois adultes que nous sommes, avons eu des réactions très différentes. La mère s’est mise en colère, l’intervenante fit de l’intervention pour expliquer à mon fils pourquoi il ne fallait pas vider le pot de poudre à bébé et moi, je riais. Quel père indigne, n’est-ce pas ?

Et pourtant… Il n’avait blessé personne, il n’était pas blessé et ce n’était pas dangereux, alors quels étaient les problèmes ? Une dépense monétaire de quelques dollars pour le rachat du pot de poudre de bébé et le ménage. Pour la dépense monétaire, un joyeux festin chez McDonald est plus dispendieux et jamais je ne me mettrais en colère contre mon enfant si celui-ci ne le mangeait pas. Je ne le ferais pas n’ont plus pour un objet de même valeur. Pour le ménage, mon fils a dû nettoyer avec moi toute la salle de bain. Il a trouvé que c’était vraiment long de nettoyer… Est-ce que cette situation aurait mérité de la colère, de la confrontation, des cris et possiblement des abus verbaux ? Même si cette question peut sembler rhétorique et la réponse évidente, la réalité que je perçois, dont on me parle ou que je lis est complètement différente. Malgré mon intervention peu orthodoxe, mon fils a subi les répercussions de son geste et a appris à assumer les conséquences de ses gestes. Je suis sûr que cela fut plus efficace que des cris et un séjour dans sa chambre.

Ainsi, il est rarissime que j’élève la voix à l’égard de mes enfants. De plus, cela favorise une situation de confiance mutuelle entre nous. Ainsi mes enfants ont moins tendances à me mentir lorsque je les questionne sur leurs agissements ou à se cacher pour explorer et découvrir le monde puisqu’ils savent qu’ils ne seront pas grondés et chicanés. Ils devront tout simplement assumer les conséquences de leurs choix comme lorsqu’ils décident de ne pas manger au dîner. À l’inverse, je crois que cette attitude me donne une plus grande ouverture par rapport à leurs expériences et désirs de découvrir le monde.

Étrangement, mes difficultés sociales sont un atout pour la confidence. Mes enfants savent que lorsqu’ils viennent me parler, je ne fais qu’écouter. J’accueille tout simplement ces énumérations de faits sans jugements, critiques ou manque de respect. Pour moi, il n’y a aucune différence entre les confidences de mes enfants et le fait que quelqu’un me dise que le ciel est bleu. La seule différence est que majoritairement les personnes « typiques », qui font des confidences, ont généralement un besoin relié à celles-ci. Il serait possible de croire que mon incompréhension du non-verbal et des sous-entendu soit un obstacle à comprendre ce besoin, mais au contraire, puisque je suis incapable de le faire, je pose directement la question. Ainsi, je ne peux décevoir à cause d’une mauvaise interprétation. J’aurais même tendance à dire que cela me permet d’être constamment disponible pour une confidence étant donné qu’il n’y a aucune charge émotive reliée à celle-ci et que mon historique personnel n’influence aucunement ma capacité d’écoute.

En somme, être autiste et parent, c’est tout simplement avoir des forces et des faiblesses différentes d’une conception plus « typique ». Et comme le dit le dicton : « Il faut un village pour élever un enfant » et j’ai décidé d’habiter dans mon village familial.

Révisions et corrections : Claude Filion (personne typique)

Un couple neurotypique/neuroatypique, un amour typique ou atypique?

Je couperai vite au suspens en vous affirmant que cette situation est envisageable et possible. Cela fait plus de 12 ans que je suis en couple avec ma Douce moitié et notre amour est le même que le vôtre. J’exprime probablement celui-ci par des gestes concrets plutôt que des manifestations émotionnelles, mais comme les neurotypiques, je n’ai aucun problème à reconnaitre ce sentiment intense qu’est l’amour. Les différences potentielles entre nous et un couple composé de deux personnes neurotypiques se perçoivent dans notre mode de vie. En reprenant les principales caractéristiques autistiques, vous serez à mieux de comprendre les particularités de mon couple. Si vous ne vous souvenez pas de la signification de chacune, je vous renvoie à cet article que j’ai écrit précédemment : https://decouverteaspi.wordpress.com/category/foires-aux-questions/5-caracteristiques-autistiques/

Déficits/problématiques sensoriels : Cette caractéristique a peu d’impact sur notre couple sauf que je suis peut-être moins à la mode que le désirerait ma Douce moitié. Étant donné mon manque de considération pour l’éthique vestimentaire, ma femme me suggère quelques tenues vestimentaires lorsque l’occasion l’exige. Dans le fond, comme pour plusieurs hommes neurotypiques.

2e degré : Quelle source de conflits et d’affrontements, même pour des phrases complètement banales. Cela s’explique par trois facteurs : les sous-entendus, l’importance des détails et l’utilisation du sarcasme ou de l’ironie.

  1. Les sous-entendus : Comme Asperger, je dis les choses comme je les perçois, sans filtre, sans intention et sans message caché. J’énonce une affirmation basée sur des faits quantifiables. Lorsque je parle, je n’ai aucune arrière pensée. Mes affirmations doivent être prises au pied de la lettre. Voilà toute la problématique. Lorsque je discute avec ma femme, celle-ci, naturellement, utilise ses filtres et tout peut dégénérer rapidement. Un exemple typique est la question cruciale, est-ce que je la trouve belle ? Je réponds à l’affirmative et elle enchaîne à savoir si je la trouve grosse. Je lui réponds qu’elle a un surpoids. Voilà, je suis un menteur et un hypocrite. Impossible que je la trouve belle et grosse. Pourtant, dans le Larousse 2015, ces deux mots ont des définitions vraiment différentes. Pourquoi alors grosse et laide sont-elles des synonymes? Mes affirmations sont souvent interprétées avec des sous-entendus. Pourtant, elles se veulent sans malice, accusation ou reproche. Ainsi, je blesse fréquemment ma Douce moitié sans m’en rendre compte. Elle doit me demander de lui faire des excuses. Des excuses que je fais sincèrement, n’ayant aucun objectif de la blesser, mais qui sont pour moi, sans aucun fondement ne comprenant pas la cause de la blessure.
  2. L’importance des détails : Combien de fois ma femme m’a-t-elle dit : tu comprends ce que je veux dire! Malheureusement non, je ne comprends pas. Je suis incapable de déduire un sens global, une morale ou une leçon. J’ai besoin d’avoir toutes les informations pour comprendre. Par ailleurs, l’utilisation de nombre ou de terme approximatif va complètement faire déraper la discussion. La véracité de ce détail, sans importance avec le sujet de la conversation, devient primordiale. Je dois absolument rectifier ce détail sinon je suis incapable de poursuive la discussion.
  3. L’utilisation du sarcasme ou de l’ironie : Ces outils de communication permettent aux neurotypiques d’illustrer leur pensée en utilisant un effet de style. Malheureusement, ces outils linguistiques sont complètement à l’opposé des faits observables. J’ai repris ma femme un nombre de fois considérable après qu’elle ait répondu à une question par l’ironie ou le sarcasme. Étant persuadée que je l’appuie en utilisant le sarcasme pour appuyer ses dires, elle renchérit avec la répétition ou en amplifiant son effet linguistique. Je ne peux que m’opposer plus énergiquement. Au final, une spirale se crée et dégénère en conflit. Imaginez avoir un conflit parce que vous demandez à votre conjointe si sa nouvelle boîte à lunch est plus grosse que la précédente et elle vous répond : Ben non voyons, tu hallucines! Pourtant, je n’ai pas de problème majeur de vision et longueur X largeur X hauteur donnent un volume plus grand. J’insiste donc, elle renchérit, j’illustre mathématiquement mes propos. Elle est offusquée que je ne veuille rien comprendre et que je doive toujours avoir raison. Je ne veux pas avoir raison, mais ce qu’elle dit n’est pas vrai et nous voilà dans une confrontation sans aucun lien avec la boîte à lunch.

La solitude : Pour les neurotypiques, les relations sociales aident à la détente, à la relaxation et au plaisir. Pour moi, ces relations sont exigeantes, encore plus dans un contexte amical et sans structure. Je préfère amplement m’isoler et m’investir dans une de mes quelques passions pour me relaxer. Ainsi, lorsque nous parlons de moments agréables ou d’une activité pour nous détendre, nos besoins sont en confrontation. Avec le temps, nous avons mis quelques astuces pour combler nos besoins mutuels.

  • Il est beaucoup plus facile pour moi de recevoir. J’ai donc un rôle défini avec la préparation du repas et pour accueillir les invités, je me suis vite intéressé à la confection de breuvages alcoolisés. Pour le restant de la soirée, les jeux de société assurent une certaine structure.
  • Majoritairement, lorsque nous sommes reçus, je m’occupe des enfants. Cela me donne un prétexte pour m’éclipser et décompresser un peu.
  • Les amis de ma femme ont été sensibilisés à mon état neurologique et ils acceptent mes particularités. À la limite, celles-ci peuvent même être utilisées pour m’intégrer. Vous connaissez le jeu Vérité ou conséquence?
  • Dans le pire des cas, j’assure une présence physique et je m’isole dans ma tête. Si jamais, on m’interpelle, je prétexte que j’étais dans la lune et que je n’ai pas compris la question.
  • Ma femme a aussi accepté d’avoir une accompagnatrice de remplacement. Malgré tout, il m’arrive de n’avoir aucune envie de faire une sortie, alors ma femme fait une sortie de fille.

Mon 0-6 ans !

Évidemment, je n’ai pas beaucoup de souvenirs de cette période de ma vie, les faits relatés m’ont surtout été racontés par mes parents.

Cette période de ma vie fut marquée par le dévouement de mes parents à leur nouveau rôle de « papa » et « maman ». Avant même ma naissance, ils ont dû faire un choix difficile. Je suis jumeau et ma mère a accepté d’être alitée pendant sept semaines pour éviter un accouchement trop prématuré qui aurait mis nos vies en péril.

C’est ainsi que moi et mon frère sommes nés comme bébés prématurés de cinq semaines. À ma naissance, j’étais en détresse respiratoire. Après que les médecins m’aient stabilisé, je suis parti d’urgence pour l’hôpital de Sainte-Justine. Pendant les jours que j’ai passées à cet hôpital, mon père faisait un détour en revenant de son travail pour venir porter mon lait chaque jour.

Nous étions des bébés prématurés et de faible poids, et nous avons passé nos premières semaines dans un incubateur à la maternité de l’hôpital. Nos parents venaient nous voir chaque jour et ont pu prendre mon frère dans leur bras quelques jours après la naissance. Cela durait quelques minutes dans les premiers jours puis de plus en plus longtemps au fil des semaines. Pour ma part, ayant été transféré à Sainte-Justine où je suis resté plus d’une semaine ce n’est qu’à mon retour à l’hôpital de Valleyfield que mes parents ont pu me prendre dans leurs bras. Nous avons passé quatre semaines à l’hôpital.

Puis, un jour, nous sommes arrivés à notre maison. Le vrai défi de mes parents allait commencer. Par bonheur, mes grands-parents furent de bons conseillers pour eux. Ma mère décida que nous étions sa priorité avant sa carrière et resta à la maison pour nous éduquer jusqu’à notre rentrée en maternelle.

Ma mère m’a toujours dit que j’étais facile à comprendre et que je savais ce que je voulais ou ne voulais pas. Âgé d’à peine quelques mois, j’en avais assez du lait. Je voulais manger. Je voulais du solide. Je ne buvais presque pas et je tétais très fort ma suce. Ma mère m’a donné des céréales et tout est rentré dans l’ordre. Autour d’un an, un soir alors que ma mère me déposa dans mon berceau, je me mis à pleurer. Aussitôt qu’elle me reprenait, j’arrêtais. Elle décida donc de me laisser pleurer. Pas question de créer un caprice. Je me suis endormi après une quinzaine de minutes. Ma mère était soulagée et fière de ne pas avoir cédé… Le lendemain matin, je faisais de la température et une otite !!! Après cet événement, quand je pleurais sans raison apparente ma mère me gardait dans ses bras et à chaque fois une petite maladie en était la raison. Je ne pleurais pas sans raison et j’étais peu exigeant, un bon bébé quoi !

Puis, vers deux ans, comme tous les soirs, ma mère avait sorti nos pyjamas pour la nuit. Je fis une crise digne des mémoires, je ne voulais pas mettre ce le pyjama qu’elle avait choisi. Ne sachant pas trop quoi faire ma mère m’a laissé en couche et voyant que je voulais ouvrir les tiroirs de la commode elle m’a aidé. J’ai sorti un pyjama identique à celui de mon frère. À partir de ce jour, plus jamais ma mère n’a choisi mon linge pour moi. Côté vestimentaire, j’avais des goûts arrêtés et j’ai refusé de porter différents vêtements, par exemple je ne voulais pas porter de pantalon avec une fermeture éclair, ou bien de porter des capuchons ou des bonnets de fête.

Malgré mes quelques particularités, j’étais un enfant très aimable, timide et respectueux. J’étais toujours content. Malgré tout, je ne me démarquais pas tant des autres enfants de mon âge que ma mère fréquentait. Nous étions les premiers et les seuls pour mes parents et ils avaient vite accepté mes caractéristiques et comme le disait ma grand-mère : « J’étais en santé, fin et heureux, ce n’était pas grave. »

Mon père n’était pas moins présent dans notre éducation. C’est ainsi que chaque hiver, nous avions glissade et patinoire dans notre cour. L’été, piscine, balançoire, corde à grimper, jeux de pétanque et croquet s’entrecroisaient sur le terrain. Mon père était toujours prêt à nous accompagner dans nos découvertes du monde.

En somme, je crois avoir vécu un 0-6 ans digne des livres du parfait parent. Ceux-ci auraient sûrement beaucoup d’anecdotes à raconter sur les multiples erreurs qu’ils ont commises, mais étant donné que je n’ai aucun souvenir de celles-ci, je dois conclure que cette période fut très heureuse pour moi.

Être père c’est devenir papa!

En tant qu’autiste, il serait facile d’imaginer que je pars avec un handicap dans mon rôle de père. Le manque de contact visuel, une gesticulation déficiente accompagnant mes paroles, une incompréhension du deuxième degré et une méconnaissance de mes sentiments (4 sur environ 30) sont quelques exemples.

À mes yeux, ma contrainte la plus importante provient sûrement de mes champs d’intérêt très limités. Ainsi, chaque action posée, à l’extérieur de ces champs, me demande un effort et de l’énergie. Difficile d’aider au développement de son enfant quand presque toutes les activités sont des « corvées ».

En contrepartie, quelques caractéristiques de mon autisme sont aussi des forces pour le développement de mes enfants.

  • Le modèle que je représente avec mes valeurs « excessives » de respect, d’honnêteté, d’éthique, d’intégrité et de justice.
  • Ma rigidité cognitive par rapport aux règles et règlements assure un environnement stable et prévisible pour mes enfants.
  • Ma « stabilité » émotive, pour ne pas dire mon indifférence affective, m’évite de prendre une décision sous le coup de la colère.

Et qu’est-ce qu’être père ? Être père c’est un bien beau mot pour désigner une personne qui possède des forces et des faiblesses dans le rôle de modèle pour un enfant, avec la particularité que ce modèle a un lien génétique avec l’enfant ou du moins une autorité l’égale sur celui-ci. Alors, qu’en est-il du papa?

Si je pose la question, c’est que pour moi, tous les pères ne sont pas des papas. Cette distinction n’a aucun lien avec les capacités parentales ou autrement dit avec le fait d’être un bon ou un mauvais parent. Être papa dépasse amplement la mise en application du petit guide du parfait parent. Être papa n’est pas n’ont plus une question d’instinct ou de compétences naturelles. Je connais de très mauvais pères, qui sont d’excellents papas et l’inverse aussi.

Mais alors, qu’elle est la différence entre ces deux termes? D’un point de vue purement linguistique, papa signifie père, dans le contexte de l’enfance (Larousse 2014). Ainsi, lorsque l’enfant passe de l’enfance à l’adolescence, le « papa » meurt avec lui ne laissant que le père… Il m’est difficile de croire qu’un concept aussi complexe et unique fut créé pour disparaître après quelques années.

Pour moi, être papa c’est la reconnaissance formelle et informelle que vous êtes le premier acteur dans la vie de cet enfant. C’est la gratification ultime du lien unique qui vous unit. Finalement, si être papa signifiait simplement être fier de cet enfant, et surtout, mais avant tout, être reconnaissant, fidèle et heureux d’être la seule personne que cet enfant peut appeler « papa ».

Mon 12-18 ans!

Vous avez dit sexe, drogue et rock’n’roll? Avez-vous un dictionnaire Larousse pour moi? Blague à part, cette période ne fut pas marquée par ces acronymes.
Pour la sexualité, je savais que j’étais hétérosexuel. Je trouvais certaines filles belles et attirantes, mais d’un point de vue physique et psychologique, mon intérêt était ailleurs. En plus, ma vision de la mode ne me rendait pas très attirant au premier coup d’œil. On rajoute le fait que j’étais un nerdz et ma popularité était très limitée. Sans compter que je ne cherchais pas à avoir de relation sociale.
La drogue et les souleries ne m’attiraient tout simplement pas. Pourquoi faut-il modifier notre capacité de réflexion pour avoir du plaisir? De plus, dans ma vision, ces consommations se faisaient toujours en groupes. Pourquoi fallait-il endormir notre cerveau pour avoir du plaisir en groupe? Les personnes de mon âge sont-elles si ennuyantes? Devons-nous être stupides pour vivre en groupe? Rien pour me donner le goût de vivre ces expériences et de me retrouver en groupes.
Je n’ai jamais eu d’intérêt pour la musique, alors cette période de ma vie n’a pas fait exception. Les quelques fois que j’écoutais de la musique, je me concentrais sur des chansons à texte ou mettant en relief la voix (chorale, chant grégorien, comédie musicale, etc.).
Malgré le fabuleux 16 ans de cette période, je n’avais aucun intérêt pour les voitures ou même mon permis de conduire. Mon vélo me suffisait et j’avais un père plein de dévotion, qui jouait au taxi en cas de besoin.
Pour mes activités, j’avais trouvé une voie dans les jeux vidéo et les jeux de rôle. Je m’y consacrais encore plus activement. Il m’arrivait de passer des nuits blanches à jouer à des jeux vidéo. Je pouvais faire presque des 24 heures consécutives. Je finissais certains jeux en quelques jours, et même certains, en quelques heures.
Les jeux de rôle m’accaparaient plusieurs heures aussi puisque je m’initiais aux Grandeurs nature c’est-à-dire que nous incarnions notre personnage dans la réalité. Je devais donc fabriquer mes costumes, armes, boucliers, accessoires et forteresse. Malgré que j’évoluais dans un monde médiéval fantastique, je voulais que tous soient le plus fidèles possible à l’époque médiévale. Ainsi, selon mes personnages, je fabriquais mes objets sur la base des faits historiques. Ainsi, j’ai fabriqué, entre autres, un bâton de magicien qui s’illuminait lorsque je lançais mes sorts, une armure en bois faite à partir d’une souche, un râteau (peu paraitre anodin, mais essayer d’en faire un pour frapper sur des personnes avec des tuyaux de PVC) et une armure annelée soit environ 2 000 washers que j’ai cousus sur un chandail. Je vous laisse imaginer la tête du marchand à la quincaillerie lorsque vous lui demandez 2 000 washers. À cette époque, la fraude des parcomètres sévissait…

Mon 6 – 12 ans!

Comme je traite de mon parcours scolaire dans d’autres articles, je me restreindrai à mon milieu familial et personnel.

Durant cette période, je suis un enfant quasi idéal. Je réussis à l’école, je respecte les règles, toujours de bonne humeur, serviable… Je fais les joies et le bonheur de mes parents. Malgré tout, j’étais assez solitaire et timide. J’étais aussi un enfant téméraire. Ainsi, je me suis fracturé une jambe, et un bras et fait une commotion cérébrale.

Dès l’âge de 6 ans, je commence à m’intéresser au Lego. Je ferai mes premières constructions, de quelques centaines de pièces, avec les plans. Celles-ci ne resteront jamais construites très longtemps. Je les démolirai pour reconstruire autre chose. Je ne réutiliserai presque plus jamais les plans après avoir fait mes constructions une première fois. Je ne jouais non plus jamais avec mes constructions. Je ne faisais jamais d’histoire, de course ou de bataille épique.
En parallèle, je commençais une collection de papillon et de roche. Je récoltais mes spécimens dans mes aventures. Sinon, quelques roches me furent données par un de mes cousins pour démarrer celle-ci.

Je développais rapidement un intérêt pour les jeux vidéo. Ceux-ci correspondaient à mes besoins. Ils m’obligeaient à relever des défis, me permettait d’améliorer ma coordination main-œil, je pouvais avoir des relations sociales sans devoir avoir un lien direct et je vivais des succès. Ainsi, je pouvais consacrer des dizaines d’heures par jour à certains jeux vidéo.

Comme la plupart des enfants, je participais à certaines activités sportives. Le baseball fut un échec et le hockey ne m’inspirait pas. Je développais mes compétences sportives dans la gymnastique, le badminton et un peu le tennis.
Durant toutes ces années, j’ai un intérêt marqué pour les histoires de capes et d’épées. Il ne fut pas surprenant que vers la fin du primaire, je me consacrais aux jeux de rôle. Ainsi, je me retrouvais dans un univers avec des règles claires et tout était possible.

C’est durant ces années que je m’initiais aussi à la science. J’aimais faire des expériences, surtout celles en lien avec la lumière et les couleurs. En parallèle, je découvrais les arts de la magie.
Finalement, vers la fin du primaire, je découvris le jeu de cartes Magic :The gathering. Celui-ci étant basé sur les probabilités, d’avoir les cartes nécessaires et sur la réalisation de combinaisons. Ce jeu représentait un amalgame d’intérêt pour moi et était parfait comme moyen interposé pour ma socialisation.