Partie 4 – L’université

Je quitte l’univers collégial après deux DEC et cinq années de découvertes sociales, de mentorats et d’intégrations. Je quitte un univers dont les règles étaient rendues claires, dans lequel j’étais fonctionnel et pour lequel j’avais un rôle. Je pars pour l’inconnu et plus loin encore, peut-être.

J’ai choisi de faire mon BACC en relations industrielles. Droit du travail, gestion des ressources humaines, syndicalisme, sociologie, économie, psychologie… autant de champs qui me permettront d’optimiser mon milieu de travail pour mon bien-être, celui de mes collègues et de mon employeur. Pour la première fois, je conjugue études universitaires, déplacements vers Montréal, travail et vie de couple et familiale. 15 heures de cours, 30 heures de devoir, 24 heures de travail, 15 heures de déplacement, 14 heures pour les repas, 56 heures de sommeil, 3 heures d’hygiène corporelle… il me reste moins de 15 heures par semaine pour moi et mon rôle d’époux et de père! Toutefois je garde espoir. Je fais mon entrée dans l’ultime symbole de savoirs et de découvertes. Dans mon esprit, les films américains sur les universités ne sont que de pâles caricatures de ces lieux mythiques de la connaissance. Les découvertes sont extrêmement nombreuses, malheureusement, très peu dans le domaine de mon baccalauréat.

Cette vie universitaire dépeinte par Hollywood n’était pas « arrangée avec le gars de vues »! Le réseau social et et les amis des amis ont encore plus d’importance. Sans compter que je suis le seul de ma cohorte à vouloir faire du droit du travail plutôt que de la gestion des ressources humaines. S’ajoute à cela, une compétition malsaine entre les pairs. Je suis rapidement confronté à ces cercles fermés. Lorsque je prends la parole devant un groupe pour trouver un partenaire pour le travail de session, un étudiant crie, du fond de la classe, que j’avais juste à aller aux partys de session, si je voulais des amis.

Finalement, les quelques relations que je développe sont exclusivement avec des femmes, ayant comme moi, quelques difficultés organisationnelles ou sociales. Ainsi, ma première collègue, Émilie, est une autre étudiante, qui comme moi, ne sait pas que le premier cours d’économie est annulé. Une annulation qui fut faite par courriel, sur notre compte universitaire et pour lequel, il faut notre carte étudiante pour y accéder. Notre première rencontre est un tête à tête dans un auditorium. Notre discussion tourne autour du sujet du jour soit notre appréciation de l’économie. La discussion est brève. Elle m’explique qu’elle déteste l’économie et en plus, qu’elle est vraiment incompétente avec les chiffres. Je lui propose mon aide comme tuteur et notre relation débute ainsi.

La semaine suivante, un groupe d’élève m’attend à l’entrée de l’auditorium pour notre cours d’économie. Elles sont six dont Émilie. Elle leurs a parlé de moi, elles veulent aussi que je sois leur tuteur. Ainsi, je me retrouve à enseigner l’économie, l’administration et les mathématiques à un groupe de six femmes dont trois russes et deux algériennes. Ce seront sûrement les seules à vouloir profiter de mon savoir.

Il m’est arrivé plusieurs mésaventures intellectuelles au cours des quelques mois que je passe à l’université. La première est lors d’un examen. Le professeur nous a fourni des exercices pour se préparer à l’examen. Quelle est ma surprise lorsque je me présente pour l’examen. J’apprends que les dix questions préparatoires sont reprises intégralement, qu’elles sont les mêmes depuis plusieurs années et qu’un corrigé est disponible. N’importe qui sachant lire et ayant un peu de mémoire peut réussir le cours ( un examen 100% de la note). Quelle bassesse intellectuelle!

La seconde fois est lorsque je remet en question la qualité de l’information et du travail d’une coéquipière. Il me semble que son texte est erroné. Mes sources donnent des informations contradictoires à ses écrits sans compter que sa seule source est Wikipédia. Malgré cela, ses amies décide de conserver son travail…

Finalement, la troisième fois est lors d’un exposé oral portant sur la condition des femmes sur le marché du travail. Je me fais huer par des dizaines de personnes lorsque j’affirme que les femmes sont sous-payées, ont de moins bonnes conditions de travail et qu’elles subissent un plafonnement vertical dans la hiérarchie d’une entreprise connu sous le nom de plafond de verre. Ces élèves ne veulent pas me croire puisque mes sources sont soi-disant de « gauche » comme l’IRIS, le Conseil du statuts de la femme ou ONU Femme. La professeure a dû intervenir pour faire taire mes dissidents et réaffirmer mes propos.

Au final, mes mésaventures intellectuelles et la prédominance sociale combinées à un horaire chargé ont eu raison de mon désir de fréquenter l’université. C’est ainsi qu’après deux ans, j’ai abandonné mon baccalauréat.

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