C’est de l’autostimulation, un « shutdown », un « meltdown », que dis-je, un effondrement autistique!

Ces termes sont récurrents à l’autisme. Mais de quoi parlons-nous exactement? L’automutilation et l’autostimulation sont-ils des synonymes? Existe-t-il une réelle différence entre une crise autistique, une crise émotionnelle ou un effondrement autistique? Dans le texte qui suit, je tenterai de clarifier ces concepts.

Attention, les sujets abordés dans ce texte peuvent être sensibles et éprouvants émotionnellement.

L’autostimulation :

Le Larousse définit l’autostimulation comme étant le

« Comportement observé chez des animaux qui portent des électrodes implantées dans certaines structures cérébrales, et qui, en appuyant sur un levier, peuvent déclencher directement une stimulation électrique, de niveau approprié, de leur propre cerveau. »[1]

Ainsi, ce terme n’a aucun lien avec l’autisme et l’utiliser pour décrire certains comportements d’autiste est tout simplement une erreur.

L’utilisation de ce terme pour l’autisme serait possiblement due à une traduction inadéquate des termes  « stimming » ou « self stimulatory behavior »[2].

En ce sens, ce terme est souvent associé aux comportements perçus comme « restreint et répétitifs ». Or, ces comportements n’ont aucune fonction de stimulation personnelle. Ils sont l’expression, majoritairement, d’une émotion au même titre qu’il est possible de sauter de joie.

Ainsi, un autiste qui a des comportements jugés comme stéréotypés, communique, s’exprime, manifeste, interagit avec son environnement, etc., mais ne se stimule pas.

Donc évitons l’utilisation erronée du mot autostimulation.

L’automutilation :

Les définitions de l’automutilation sont très nombreuses étant donné que ce phénomène fut étudié sous les angles culturels, sociaux, religieux et médicaux. En ce qui concerne l’autisme, ce terme fait référence à la situation médicale et c’est cette notion que j’aborderai.

Ainsi, l’automutilation peut être définie comme étant l’acte volontaire de se blesser sans avoir l’intention de se suicider.[3], [4], [5]

L’automutilation se retrouve dans le DSM-5, mais n’est pas catégorisée. Elle est classifiée dans les sujets à étudier. Elle s’appelle l’automutilation non suicidaire. Ce qui rejoint les définitions antérieures. En plus, le DSM-5 ajoute d’autres critères pour définir l’automutilation : la répétition, une ou des attentes (par exemple un soulagement, une réponse d’autrui, etc.), un lien avec une difficulté, mais aucun lien avec un comportement social (ex. : tatouage et percing) ou une restriction physique (ex. : se ronger les ongles) et cela a des répercussions sur le fonctionnement de la personne[6],[7].

Les personnes qui s’automutilent « font cela parce qu’elles cherchent à se sentir mieux et qu’elles n’arrivent pas à gérer autrement la terrible détresse qui les habite »[8].

« L’automutilation est un mécanisme d’adaptation négatif. Pour certains, c’est un moyen de faire face à des sentiments intenses. Les blessures représentent la souffrance émotionnelle ressentie par la personne. L’automutilation est souvent un besoin d’exercer une forme de contrôle lorsque les choses paraissent confuses. »[9]

En plus, l’automutilation est particulière chez les autistes. Ainsi, tel qu’on peut le lire dans un jugement du Tribunal canadien des Droits de la personne, « Selon le Dr M., les blessures auto-infligées sont la réponse la plus extrême à une impasse psychologique pour laquelle il n’y a aucune solution. Il s’agit d’une réponse à la désorganisation du monde. C’est une façon pour une personne autiste de répondre aux situations négatives, alors qu’une personne qui n’est pas autiste démontrera de la colère ».

Selon la même source, le Dr M. affirme que « les personnes autistes apprennent comment gérer leurs réactions en se fiant, par exemple, à un endroit sécuritaire où elles peuvent aller, où elles peuvent s’éloigner de situations stressantes et qu’il est alors possible pour les autistes de composer avec des événements très difficiles, même si ceux-ci provoquent de fortes réactions. Le Dr M. souscrit aussi à la déclaration selon laquelle si une personne autiste sait qu’elle peut avoir recours à son mécanisme d’adaptation dans une situation de stress, il devient alors peu probable, et même improbable, qu’elle se trouvera en situation de difficulté. »

Donc, pour les autistes, l’automutilation serait une solution et non une réaction à une émotion.

Shutdown, meltdown et effondrement autistique :

Le shutdown et le meltdown seraient les termes anglais respectifs pour repli autistique et effondrement autistique.

Dans les deux cas, ces états sont provoqués par une surcharge, qui peut se produire selon trois ou quatre angles différents dépendant des auteurs : sensoriel, intellectuel, émotionnel ou relationnel. Il faut comprendre que cette surcharge n’est pas reliée à des événements exclusivement négatifs. Ceci peut aussi avoir lieu pour des événements positifs. Par exemple, la naissance d’un enfant pourrait créer une surcharge émotionnelle. Il peut être aberrant de parler des émotions positives en ce sens, mais une « impasse psychologique », quelle soit créée par un événement positif ou négatif est une situation « agressive et douloureuse ».

« Dans les deux cas, ce sont les signes que la personne a dépassé ses limites, au delà du supportable l’esprit se protège comme il peut, en déclenchant des réflexes de défenses pour sortir de ces situations agressives et douloureuses. »[10]

Plus précisément, le repli autistique « c’est ce moment où le cerveau se « déconnecte » et est incapable de suivre/de fonctionner efficacement. […] Dans le cadre de l’autisme, il pourrait également s’agir d’un mécanisme d’auto-défense (cela me parle en tout cas,) mais contre un autre type d’agression, a priori « banal » pour une personne non-autiste. »[11]

Cela peut aussi s’apparenter à « tomber dans la lune ». Le repli autistique serait aussi cet état où l’autiste est qualifié « être dans sa bulle ». D’autres autistes décrivent celui-ci en parlant qu’ils se retirent dans leurs têtes. Ils s’échappent de l’instant présent pour se retrouver à l’intérieur d’eux-mêmes afin de fuir cette surcharge.

Cette description recoupe aussi la citation du Dr M. Ainsi, le repli pourrait être un mécanisme d’adaptation lorsqu’il n’est pas possible de se retirer physiquement d’un endroit.

Même si plusieurs autistes ne parlent pas de repli autistique, tous les autistes parlent de cet état de repli, sous une forme ou une autre. Ainsi, je ne crois pas qu’il serait hasardeux d’affirmer que tous les autistes vivent cet état, ce qui n’est pas le cas pour les effondrements autistiques. La durée du repli autistique est très variable selon les situations et l’individu. Ainsi, le repli peut durer quelques minutes à plusieurs jours.

« En cas d’impossibilité de calmer cet épisode shutdownesque en s’isolant, en se calfeutrant dans sa bulle, un(e) aspie courra à grandes enjambées vers le “meltdown”, c’est à dire l’effondrement intégral. »[12]

Même si l’effondrement autistique (meltdown) peut se produire, sans un repli autistique (shutdown), ceux-ci son souvent de pair et l’effondrement autistique est la réaction ultime à la surcharge.

« Lors d’un ”meltdown”, l’enfant autiste est en perte de contrôle et il n’est pas en mesure de comprendre et gérer les conséquences de ses gestes posés. Par rapport à son âge et à ses capacités intellectuelles, l’enfant autiste (ou l’adulte autiste) est incapable de faire une pause, de prendre du recul et de penser à une stratégie pour résoudre le problème. La colère (peur) est en puissance maximale et il peut avoir une réaction physique instantanée et irréfléchie. Le meltdown autistique passera par lui-même, généralement, assez rapidement. »[13]

« La capacité d’absorption de ma tête est limitée. Une limite, que j’ai toujours eue, et qui n’est dépassée que lorsqu’arrive un événement émotionnel ou psychologique, positif ou négatif, très intense. Lorsque la limite est atteinte il y a réaction. Celle-ci a une durée très variable dans le temps, de quelques secondes à presqu’une heure. Comme les fusibles dans un panneau électrique, mes mesures de protection « sautent » pour me protéger d’une situation ayant trop de variable avec des valeurs inconnues. […] Lorsqu’il s’agit d’événements négatifs, la « surcharge » domine mon esprit. Je ne suis plus qu’un corps souffrant : chagrin, peine, tristesse, peur, crainte, terreur… ma tête est expulsée du circuit. Je veux recréer le circuit complet, réinitialiser mon état originel, mais je ne suis qu’un triste spectateur de cette disjonction. […] Dans tous ces événements, une constante revient : lorsque ma tête « disjoncte » je perds le contrôle et mon corps devient une incarnation de flots déferlant de douleur, d’émotions, sans aucune logique, sous le contrôle de l’instinct de survie. »[14]

Ainsi, l’effondrement est relativement de courte durée et est très souffrant pour l’autiste.

Association entre l’effondrement autistique et l’automutilation

Étant donné que l’autiste perçoit qu’il aura un effondrement autistique, celui-ci peut utiliser l’automutilation comme « réponse à cette désorganisation ».

Durant un effondrement autistique,  un autiste peut avoir des comportements similaires à l’automutilation. Je parle de similaire puisque ces actes ne seraient pas nécessairement un acte volontaire comme défini par l’automutilation. Ces actes seraient une réponse plus instinctive, dans la recherche de la diminution de la souffrance, au même titre que des personnes non-autistes peuvent se frapper le front après avoir fait une erreur.

Dans tous les cas, que le geste soit de l’automutilation au sens de la définition ou un geste similaire, il faut savoir que celui-ci est une solution à une souffrance plus grande : l’effondrement autistique. Ce n’est pas une problématique en soi. Aussi souffrant pour vous ou contre-intuitif que cela puisse être, il ne faut pas s’opposer à ces gestes. L’opposition maintiendrait seulement la personne autiste dans un état de souffrance supérieure. L’automutilation n’est pas un choix de plein gré. C’est le moins pire des maux.

Je veux être très clair. Je n’affirme pas que nous devions laisser souffrir les personnes autistes ou que l’automutilation est une solution adéquate. Toutes personnes qui souffrent ont le droit à un soutien. J’affirme cependant que des ecchymoses dans le front, des coupures, des poils arrachés etc. sont toujours moins souffrants que la détresse physique et psychologique d’un effondrement autistique et tant qu’il n’existera pas une solution plus efficace, pour diminuer la douleur ressentie par les autistes en effondrement, il faudra accepter cette solution.[15]

Crise émotionnel vs repli et effondrement autistique

Finalement, l’effondrement autistique n’est pas une crise émotionnelle. La crise émotionnelle a comme origine l’émotion ou le sentiment : crise d’angoisse, crise de colère, crise de panique etc. Alors que l’effondrement est une surcharge. Cette différence peut sembler subtile, surtout lors d’une surcharge émotionnelle, mais elle est très importante lors de l’intervention. Ainsi, contrairement à la crise émotionnelle, les techniques de gestion des émotions ne sont pas utiles et n’ont aucune efficacité lors du repli ou de l’effondrement autistique. Cela implique aussi que les stratégies pour répondre aux besoins immédiats de l’enfant vont être inefficaces. Par exemple, si un enfant fait une crise pour avoir du chocolat et qu’on lui donne du chocolat il cessera sa crise. Or, cela ne fonctionne pas pour les autistes en situation d’effondrement.

Cela dit, certaines techniques peuvent avoir un effet pour la prévention de ces surcharges, par exemple l’isolement, la protection contre un stimuli trop important, etc.

Comme le repli ou l’effondrement sont une surcharge, cela implique le dépassement d’une limite. Ainsi, à moins d’un événement majeur, le repli ou l’effondrement n’est pas en lien avec l’événement immédiat. Celui-ci n’est que l’événement qui crée la surcharge. Donc, corriger la situation qui déclenche la surcharge n’annulera pas le repli ou l’effondrement. Un enfant qui est en colère parce que vous lui avez refusé des bonbons, cessera d’être en colère si vous lui donnez les bonbons. Un enfant autiste, en effondrement à cause d’une surcharge due à la colère, au moment où vous lui refusez des bonbons il ne cessera pas d’être en effondrement si vous lui donnez les bonbons, les causes de l’effondrement étant antérieures à l’événement.

J’espère que ce texte vous aura permis de mieux comprendre certains termes en lien avec l’autisme et vous aidera dans votre respect des personnes autistes.

Révisions et corrections: Claude Filion

[1] Dictionnaire de français Larousse, http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/autostimulation/6860, consulté le 10 mai 2018.

[2] Stimming, https://en.wikipedia.org/wiki/Stimming, consulté 16 mai 2018

[3] Association canadienne pour la santé mentale, Les jeunes et l’automutilation, https://cmha.ca/fr/documents/les-jeunes-et-lautomutilation, consulté le 10 mai 2018.

[4] Jeunesse, J’écoute, Qu’est-ce que l’automutilation et comment faire pour cesser?, https://jeunessejecoute.ca/fr/article/quest-ce-que-lautomutilation-et-comment-faire-pour-cesser, consulté le 10 mai 2018.

[5] Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, L’aide à apporter à un enfant ou un adolescent qui s’automutile, http://www.cheo.on.ca/uploads/12811_Self-Harm_FR.pdf, consulté le 10 mai 2018.

[6] L’automutilation dans le DSM-5, Ysilne, http://www.automutilations.info/lautomutilation-dans-le-dsm5/, consulté le 17 mai 2018.

[7] Automutilation non suicidaire, Paula J. Clayton, https://www.msdmanuals.com/fr/professional/troubles-psychiatriques/comportement-suicidaire-et-automutilation/automutilation-non-suicidaire, consulté le 17 mai 2018.

[8] Comprendre l’automutilation, Hôpital de Montréal pour enfants, https://www.hopitalpourenfants.com/infos-sante/pathologies-et-maladies/comprendre-lautomutilation, consulté le 10 mai 2018.

[9] Jeunesse, J’écoute, Qu’est-ce que l’automutilation et comment faire pour cesser?, https://jeunessejecoute.ca/fr/article/quest-ce-que-lautomutilation-et-comment-faire-pour-cesser, consulté le 10 mai 2018.

[10] Meltdown et shutdown autistiques- n1- voir ce qui les déclenchent, Neiiko, http://neiiko.fr/2017/11/autisme-meltdown-shutdown.html, consulté le 16 mai 2018.

[11] Shutdown et metldown, Le temple Bleu, http://letemplebleu.over-blog.com/2017/04/shutdown-et-meltdown.html, consulté le 10 mai 2018.

[12]Shutdown et neltdown autistiques quand le besoin de repli sur soi se fait pressant, Alexandra Reynaud, http://les-tribulations-dune-aspergirl.com/2017/06/24/shutdown-meltdown-autistiques-quand-le-besoin-de-repli-sur-soi-se-fait-pressant/, consulté le 17 mai 2018.

[13] Gardez votre calme! Il s’agit d’un effondrement émotionnel et non d’un mauvais comportement capricieux, Mélanie Ouimet – La neurodiversité, http://neurodiversite.com/gardez-votre-calme-il-sagit-dune-effondrement-emotionnel-et-non-dun-mauvais-comportement-capricieux/, consulté le 10 mai 2018.

[14] Mathieu Giroux, Docteur Jykell et M.Hide : métaphore au sujet de mon univers émotionnel, https://decouverteaspi.wordpress.com/2015/06/18/docteur-jykell-et-et-m-hide-metaphore-au-sujet-de-mon-univers-emotionnel/, consulté le 12 mai 2018.

[15] Étant un autiste qui s’automutile par la coupure, et qui vit des effondrements, ayant également discuté avec d’autres autistes qui vivent ces deux situations, sans être un expert,  je peux parler des deux situations en connaissances de causes.

6 réflexions au sujet de « C’est de l’autostimulation, un « shutdown », un « meltdown », que dis-je, un effondrement autistique! »

  1. Intéressant rappel sur le mot d’autostimulation. J’ai toujours perçu (intuitivement, c’est ce que le mot évoque en moi, sans y réfléchir) l’autostimulation comme la recherche de sensations fortes soit chez une personne avec hyposensibilité, soit pour se calmer en cas d’angoisse (se plonger dans un mouvement, des lumières, une texture, pour détourner l’attention de l’émotion négative).
    Mais on pourrait distinguer en effet différents contextes d’apparition de certains comportements, entre les expressions d’émotions (sauter de joie, taper dans les mains ; s’agiter, tourner en rond, taper du pied, etc. en cas de stress… ), et les recherches de sensations agréables qui contrebalancent les sensations désagréables ou aident à réguler l’humeur… ou encore les mouvements qui aident à se concentrer (pour moi, me balancer, ou caresser quelque chose avec le pouce et l’index). (mais en l’écrivant je me rends compte que tout est assez proche). Comment nommer ces comportements ? (que les non-autistes ont aussi, peut-être à fréquence ou importance moindre).

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    • Merci!

      Pour votre information, l’hyposensibilité n’est pas pu être démontré scientifiquement, contrairement à l’hypersensibilité, Ainsi, quand nous parlons d’hyposensibilité, il serait plus juste de parler de tolérance ou d’hypersensibilité, mais avec un perception inversée.

      Je vous donne un exemple. Une personne dite hyposensible à la chaleur serait en réalité tolérante à celle-ci ou hypersensible au froid.

      En plus, énormément de situation qui sont justifié par l’hyposensibilité ont aussi une autre cause.

      L’hyposensibilité serait sûrement une conception logique dans une perspective de dualité, mais il est faux de prétendre que tout à un contraire.

      Aimé par 1 personne

      • intéressant, je n’avais jamais entendu ça, je vais continuer à me documenter là-dessus alors 🙂 n’étant pas concernée par l’hyposensibilité, c’est quelque chose qui est resté du domaine de la connaissance vague en arrière-fond de pensée. Merci !

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  2. Ping : Coup de gueule : non, on ne s’habitue pas à la douleur de vivre – Pourquoi pas Autrement ?

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