Rigide vous dites? Une caractéristique autistique ou un critère préjudiciable?

Il est généralement reconnu que les autistes sont des personnes rigides, campées dans des routines ou rituels et que le changement serait perturbant pour elles.

« […] besoin de stabilité et de rituel pour se rassurer [..] s’épanouit dans des cadres structurés […] a du mal à accepter le changement, même anodin (il peut provoquer des grandes crises d’angoisses, par exemple si un objet a été changé de place sur son bureau) ».1

« Changement :

Un sixième signe que nous pouvons observer chez l’enfant et même chez l’adulte, est la résistance au changement : changer de jouet, de chambre, de travail, de programme, de classe, de professeur. Un changement par rapport à une habitude prise est pénible et peut provoquer une crise de colère ou de pleurs, ou peut se traduire par une propension à être maniaque. »2

Même le Ministère des services à l’enfance et à la jeunesse, l’Association québécoise des neuropsychologues et la Fédération québécoise de l’autisme rapportent cette « caractéristique » sur leur site web.

Sur les dix premiers résultats de ma recherche sur Google pour « caractéristique autistique » seul le site Autisme Québec ne parle pas de rigidité.

Mais est-ce vraiment le cas? Les autistes sont-ils si rigides, au point d’en faire un critère de diagnostic, comparativement aux neurotypiques?

Le Larousse définit rigidité comme étant « le caractère de ce qui est rigide » et rigide comme étant « qui se caractérise par un manque de souplesse ».

Les autistes seraient donc rigides par manque de souplesse. Un manque de souplesse par rapport à quoi? Les aléas de la vie? Les détails? Les situations évoluant au quotidien? Les imprévus? La nouveauté?

Et si les autistes étaient tout sauf rigides.

Imaginez-vous faire le même trajet en marchant, pour retourner à votre maison. À toutes les fois que vous arrivez par l’est, un chien vous attaque, car il n’est pas attaché. Après quelques fois, vous allez développer le réflexe de passer seulement par l’ouest. Un choix logique, c’est une question « de survie » et de bien-être. Gageons que la prochaine fois que vous reviendrez chez vous avec vos amis, vous serez très rigide à l’idée de passer par l’est.

Je ne suis pas différent de vous. Cependant, mes principales caractéristiques3 rendent ma vie dans votre univers souffrante, autant au niveau physique que psychologique. Alors j’adapte mes comportements pour « ma survie » et mon bien-être. La principale différence entre vous et moi est que j’ai dû vivre plusieurs tentatives plus ou moins souffrantes avant d’avoir une solution adéquate. Alors, lorsque je la trouve, j’arrête le processus. Or, les solutions ne sont généralement pas transférables à d’autres situations. Le processus d’essais erreurs recommence, ramenant son lot de souffrance. Ainsi, lorsque la nouveauté se présente, je choisis souvent la fuite (rigidité) plutôt que l’affrontement (processus), j’en ai assez de souffrir.

Malgré cette explication de ma rigidité, suis-je réellement moins souple que d’autres personnes ayant des caractéristiques physiques ou physiologiques, au point dans faire un critère de diagnostic?

Par exemple :

  • L’aveugle : Les objets doivent être toujours aux mêmes places pour qu’il les retrouve.

  • Anorexique : Un régime calculé à la calorie prêt, en plus de différents rituels pour « maigrir ».

  • TDA/H : Les routines aident au contrôle de l’inattention.

  • Trouble obsessif du comportement (T.O.C.) : Le nom dit tout.

Toutes ces personnes manquent de souplesse dans au moins un axe de leur vie. Pourtant, aucun de ces états neurologiques ou physiques, même le T.O.C., n’ont comme critère la rigidité. Le seul état que j’ai trouvé, qui comporte le critère de rigidité est l’autisme. Est-ce que la rigidité est une contrainte seulement pour les autistes? Ce critère est-il le reflet du manque d’ouverture de la médecine sur les autistes au point d’utiliser un critère dégradant, archaïque et non représentatif?

Paradoxalement, en lisant au sujet de plusieurs personnes s’affichant ouvertement autiste4, les qualités d’altruisme, d’ouverture, de partage, d’intégrité, de justice, de respect, d’accueil, d’écoute, de sympathie, de compassion et d’acceptation sont souvent utilisées pour décrire leur tempérament. Comment les autistes peuvent-ils avoir toutes ces qualités et en même temps être qualifiés de rigides? Au contraire, toutes ces qualités demandent une souplesse, une capacité d’accommodation et une ouverture sur l’univers et sur l’autre.

En somme, j’ai toujours perçu cette rigidité, qui m’est attribuée, comme le simple reflet d’une évaluation par des neurotypiques, avec des critères neurotypiques, sur mes capacités à répondre à des besoins neurotypiques. Alors, n’étant pas neurotypique… j’échoue!

1Site web Vaincre l’autisme, http://www.vaincrelautisme.org/content/caracteristiques, consulté le 19 juin 2015.

2Site web Infoautisme, http://www.inforautisme.be/02quoi/diagnostic_signes.htm, consulté le 19 juin 2015.

4Aut’Créatifs : mouvement de personnes autistes en faveur de la neurodiversité et de la reconnaissance positive de l’autisme, site web :http://autcreatifs.com/, mouvement auquel j’appartiens.

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