Méthode ABA/ICI, pourquoi tant d’opposition ?

Introduction

Précisons tout d’abord que ce texte porte exclusivement sur la méthode ABA/ICI : Applied Behavior Analysis/Intervention Comportementale Intensive. ABA/ICI fait partie des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) et comme je l’écrivais dans un autre texte[1], certaines interventions en TCC ont des effets démontrés chez les autistes. Donc, à retenir : ce texte porte sur ABA/ICI seulement.

Je tiens aussi à préciser que ce texte porte sur la méthode et non sur les personnes. En aucun cas cela signifie que les intervenants, les professionnels ou les parents sont incompétents ou irrespectueux des enfants autistes. Je crois profondément que la principale motivation qui les guide est celle d’offrir et de prodiguer aide et soutien à la personne autiste. Ainsi, je le répète, ce texte ne se veut pas une critique des personnes, mais bien de la méthode.

Ce texte s’appuie sur plusieurs articles et ouvrages[2], [3], [4], [5], [6]  auxquels j’ajoute mes propos, commentaires et réflexions. Pour approfondir le sujet, je vous invite à lire ces articles et ouvrages.

C’est quoi

Commençons donc par un bref historique. D’où vient ABA/ICI? La création de cette méthode est reconnue au Dr O. Ivar Lovaas, qui fut le premier à appliquer l’analyse appliquée du comportement, le behaviorisme, à des enfants. Sa méthode utilise un processus : demande-action-réaction. Ainsi, l’intervenant fait une demande, l‘enfant agit et l’intervenant réagit en fonction de l’action de l’enfant. Lorsque l’enfant répond adéquatement à la demande, celui-ci est récompensé. Si l’enfant ne répond pas adéquatement, celui-ci est puni. Les moyens utilisés pour punir l’enfant sont les cris et la claque, technique pour le moins aversive. Les punitions sont utilisées jusqu’à l’obtention de la réponse désirée[7]. Les résultats montrent que 47% des enfants (9/19) ayant reçu une thérapie intensive (40+ heures par semaine) ont retrouvé un fonctionnement normal après 2 ans, et terminé leur première année de classe ordinaire sans aucun soutien éducatif spécialisé[8].

L’étude du Dr Lovaas est à la base de toutes les autres études sur ABA/ICI. De cette étude découle toutes les justifications pour l’utilisation de différentes techniques aversives comme les chocs électriques, la violence physique tel que claque, pincement, tirer les cheveux, utilisation d’odeur nocive ou de liquide toxique, etc. dans différentes études ou interventions[9].

L’étude du Dr Lovaas soulève des réflexions importantes sur l’étique et la méthodologie avec les comportements aversifs et les résultats en soi (47% de réussite et 53% d’échec). Voyons d’abord les positions pour et contre la méthode.

Arguments pour ABA

Bien que plusieurs tribunaux, canadiens et américains notamment, et des organisations de santé comme la Haute Autorité en Santé (l’autorité en santé de la France)[10], [11], [12] ont statué contre l’utilisation des techniques aversives utilisées dans la méthode ABA/ICI, plusieurs comportementalistes prônent encore celles-ci.

« Si l’enfant ne parvient pas à répondre à une demande, un « souffleur », assis derrière l’enfant, utilise une guidance, de la moins forte à la plus forte, jusqu’à obtenir la réponse. La guidance physique est utilisée pour corriger l’erreur de l’individu ou sa non-compliance. »[13]

On peut aussi lire : « Mme Vinca Rivière, fondatrice du Centre expérimental Camus, de Villeneuve-d’Ascq, qu’elle présente comme un lieu pilote de la méthode ABA, n’hésite pas à énoncer en 2012 ce que beaucoup de behavioristes persistent à penser. » Elle déclare à une journaliste de Mediapart : « En analyse du comportement, il y a des procédures de punition par choc électrique.»[14]

Dans une autre étude[15], les intervenants ont été interrogés afin de comprendre les justifications de l’utilisation des techniques aversives et les impacts de leurs utilisations sur eux. Selon cette étude,

«Les auteurs concluent : « permettre aux membres du personnel l’usage d’une grande variété de types d’interventions y compris de techniques aversives prononcées peut diminuer leur stress professionnel et rehausser le sentiment qu’ils ont de leur efficacité ». Les éducateurs consultés considèrent que des techniques aversives fortes appliquées aux autistes permettent d’obtenir les meilleurs résultats. […][Dr Lovaas] en aurait d’ailleurs convenu dans une discussion avec [Dawson] en 2003, concédant franchement qu’obtenir les mêmes résultats sans recours aux techniques aversives serait beaucoup plus difficile. »[16]

Arguments contre ABA

Dans « L’approche comportementale de l’autisme », paru en 2008, les auteurs Leaf, McEachin et Taubman affirment les dangers de l’utilisation de techniques aversives comme punition.

« « Nous avons été témoins, ajoutent-ils, de circonstances au cours desquelles des « professionnels » ont abusé de la punition jusqu’à un point que l’on considère être de la maltraitance ». Qui plus est, ils notent que c’est une procédure trop facile à utiliser, à laquelle il est fait trop souvent recourt « de manière émotionnelle », de sorte que son « utilisation incorrecte » risque d’affecter négativement la réputation de l’ABA. La mention d’une « utilisation incorrecte » de la punition dans un travail qui explique les raisons de son arrêt est importante : elle révèle que persiste dans la logique de la méthode la notion d’une punition correcte. »[17]

Ainsi, il existe, selon certains comportementalistes, une utilisation correcte et une utilisation incorrecte des techniques aversives.

Le Dr Smith, un directeur du Northwest Young Autism project, lors de son témoignage  dans la cause Auton et al. v. AGBC[18], indique qu’il a recensé 15 endroits, dans différents pays, qui reproduisent le modèle de Lovaas. Il constate qu’aucun centre ne reprend l’expérience de la méthode ABA/ICI de Lovaas et que la reproduction de cette expérience serait difficile voir impossible pour deux raisons.

Premièrement, il serait difficile d’avoir le consentement des parents pour un groupe témoin, car la période d’opportunité selon la méthode ABA/ICI serait probablement fermée après la participation de l’enfant au groupe témoin. En d’autres termes, les parents ne consentiraient pas à la participation de leur enfant au groupe témoin sachant  que l’intervention est efficace en très bas âge, 2-4 ans, et que lorsque l’expérience serait terminée, l’enfant du groupe témoin serait donc trop âgé pour bénéficier de cette intervention.

Deuxièmement, Lovaas utilisait des techniques aversives comme la gifle. Or, il est généralement admis que la technique actuelle n’inclut pas et ne devrait pas inclure de techniques aversives[19].

Finalement, il ne faut pas oublier que Lovaas, en 2003, a lui-même confirmé à Michelle Dawson, qu’il était beaucoup plus difficile d’obtenir les mêmes résultats sans l’utilisation de techniques aversives[20].

Mon opinion

En tant qu’humain, autiste et parent, je suis contre toute punition physique infligée dans une perspective d’éducation ou d’intervention auprès de quel qu’enfant ou personne que ce soit.

Je dénonce la méthode ABA/ICI et mon argumentaire se base sur l’appréciation des résultats de l’étude de Lovaas selon la méthodologie et l’éthique.

Méthodologie

« Comme tout scientifique le sait, l’affectation aléatoire est un élément essentiel caractéristique de la crédibilité scientifique dans les études de traitement »[21] (traduction libre).

Plusieurs rapports d’analyse démontrent la faiblesse de la méthodologie utilisée dans les études existantes portant sur les interventions auprès d’enfants autistes.

Le rapport du New York State Department of Health Guideline for Assessment and Intervention of Young Children with Autism/Pervasive Developmental Disorder démontre les lacunes d’assignation des enfants et des parents ainsi que des groupes de contrôle. Réalisé en 1999, il présente une analyse de toutes les études faisant référence à une intervention ou une approche éducationnelle pour les enfants autistes. Le département a recensé 232 articles sur le sujet. De ces 232 articles de recherches, seulement 5 articles, dont 4 recherches, rencontrent les critères de démonstration scientifique du département (New York State Department of Health Clinical Pratice Guideline). Ainsi, seulement 4 études ont une évidence de preuve.[22] Or, aucune des ces 4 études n’a une assignation randomisée des enfants c’est-à-dire que ces études n’ont aucun groupe de contrôle par rapport à un groupe recevant l’intervention. 3 des études avaient un groupe de contrôle, mais l’assignation des participants étaient fait selon des critères décidés par les chercheurs, notamment, pour des raisons pratiques. Ainsi, il n’y avait aucune condition aléatoire.[23] Cela rejette donc « l’élément essentiel caractéristique de la crédibilité scientifique dans les études de traitement ».

Pour sa part, l’article Scientific Review of Mental Heatlh Pratice (2002) stipule que la faiblesse méthodologique des études existantes limite sévèrement les conclusions qui peuvent être émises à propos de l’efficacité des interventions. L’article note aussi qu’aucune étude n’a utilisé une vraie méthodologie expérimentale dans laquelle les sujets étaient assignés de façon aléatoire entre le groupe de traitement et le groupe de contrôle.[24]

À cela s’ajoute un éditorial de Herbert et Brandsman rappelant que l’expérience du Dr Lovaas n’assignait pas aléatoirement les participants entre le groupe de traitement et le groupe de contrôle et que cette méthodologie soulève d’importantes questions tant qu’au biais sur les résultats en lien avec la sélection des participants pour chacun des groupes.  Ce biais est démontré par les différences existantes entre le groupe de contrôle et le groupe de traitement avant l’expérimentation. Cela a pour effet de limiter les conclusions pouvant émaner de cette étude.[25]

Par ailleurs, en 2000, les Dr Smith, Groen et Wynn publient la première étude réellement aléatoire sur les interventions comportementales intensives en bas âge.  À la différence du Dr Lovaas qui a utilisé seulement le critère du quotient intellectuel et celui de l’intégration scolaire, ils ont utilisé plusieurs critères d’évaluation importants en lien avec le développement de l’enfant (l’intelligence, la réussite académique, le langage, les comportements et fonctions sociales, l’adaptabilité et l’émotionnel). Ainsi, ils voulaient éliminer deux biais possibles en lien avec les résultats du Dr Lovaas. Premièrement, l’augmentation du quotient intellectuel pouvait être due à une conformité aux tests plutôt qu’à un réel développement cognitif. Secondement, la fréquentation scolaire pouvait refléter plus les processus de défense de droits des parents pour leurs enfants ou les divergences dans les politiques propres à chaque établissement qu’un réel effet sur l’enfant autiste.[26] Dans leur étude, le groupe assigné pour le traitement a reçu une intervention basée sur le modèle du Dr Lovaas tandis que le groupe de contrôle, comme pour l’étude du Dr Lovaas, avait seulement l’intervention des parents. Les enfants avaient un âge similaire soit de 24 à 43 mois et l’intervention durait au moins 2 ans. Malgré tout, les résultats furent dramatiquement moins significatifs que pour l’étude du Dr Lovaas. En effet, seulement 13 % des enfants répondaient aux critères du Dr Lovaas. En plus, il n’y avait aucun différence au niveau des comportements et des fonctions comportementales, d’adaptation et émotionnelles.[27] Ainsi, la seule étude, jusqu’à l’année 2000, valable scientifiquement ne démontrait pas l’efficacité de la méthodologie de Lovaas.

Éthique

Selon le premier article de la Convention des Nations Unies contre la torture ou autres traitements cruels, inhumains ou dégradants la torture se définit comme suit :

« Tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne aux fins notamment d’obtenir d’elle ou d’une tierce personne des renseignements ou des aveux, de la punir d’un acte qu’elle ou une tierce personne a commis ou est soupçonnée d’avoir commis, de l’intimider ou de faire pression sur elle ou d’intimider ou de faire pression sur une tierce personne, ou pour tout autre motif fondé sur une forme de discrimination quelle qu’elle soit, lorsqu’une telle douleur ou de telles souffrances sont infligées par un agent de la fonction publique ou toute autre personne agissant à titre officiel ou à son instigation ou avec son consentement exprès ou tacite. Ce terme ne s’étend pas à la douleur ou aux souffrances résultant uniquement de sanctions légitimes, inhérentes à ces sanctions ou occasionnées par elles»[28]

En d’autres termes, lorsque la douleur ou des souffrances, physiques ou mentales, sont infligées intentionnellement, par une personne agissant à un titre professionnel, et ce, pour des motifs de discrimination tel que le handicap, cela est de la torture à moins que la sanction soit légitime. Par sanction légitime, il est possible de penser à l’emprisonnement d’une personne pour un crime ou les souffrances occasionnées par une opération médicale lorsque cette intervention est la seule solution possible. Mais est-ce que ABA/ICI et plus précisément, l’utilisation des techniques aversives à l’égard des autistes est une sanction légitime?

Pour éviter de faire face à la question étique de l’utilisation des techniques aversives, plusieurs comportementalistes affirment que les techniques aversives ne sont pas utiles pour que l’intervention soit efficace. Les mêmes résultats pourraient être reproduits sans les techniques aversives.

Cette affirmation soulève deux questions fondamentales : la première, quel est le fondement de cette affirmation ? et la deuxième, et si cette affirmation était vraie ?

Utilisation de techniques aversives vs efficacité de la méthode ABA/ICI

Précédemment j’ai présenté les résultats de l’étude du Dr Smith et al.[29], les premiers chercheurs à avoir fait une étude randomisée sur ABA/ICI. Le Dr Smith, justifie la différence entre ses résultats et ceux de Lovaas, justement par l’absence de techniques aversives dans sa reproduction.[30]

De plus, le Dr Lovaas a lui-même reconnu le recours aux techniques aversives et que l’utilisation de la claque était la technique la plus efficace pour éliminer ces comportements. Et il ne faut pas oublier qu’en 2003, il a confirmé à Michelle Dawson, qu’il était beaucoup plus difficile d’obtenir les mêmes résultats sans l’utilisation de techniques aversives.

L’échec de la méthode ABA/ICI, sans l’utilisation des techniques aversives, va bien au-delà des postulats du Dr Lovaas et Smith. En effet, en 2012, la France, avec son Plan en autisme, décide de créer 28 structures expérimentales pour appliquer l’intervention ABA. Ainsi, 578 enfants seront suivis pendant 5 ans, dans des conditions optimales : ratio 1,03 enfant/intervenant et ressources matérielles et logistiques sans contrainte pour l’application adéquate de l’intervention.

Après deux ans d’interventions, la grande majorité des parents (80% des parents de 24 structures et entre 43% et 79% des parents des 4 autres structures) constatent des progrès. Or, ces progrès sont au niveau du langage, de la cognition et des comportements dits problématiques. Les progrès sont nettement moindre pour l’adaptation, le niveau de l’autisme et le fonctionnement social. [31]

Or, comme le précisent les auteurs du rapport, le succès rapporté part les familles doit être nuancé. L’effet placebo est un facteur important en soi, puisque les familles désiraient avoir ce service. En somme, le simple fait d’être accepté dans la structure est un succès pour les familles.[32] Par ailleurs, si le critère de l’inclusion sociale est plus adéquat pour évaluer les différentes capacités de l’enfant autiste, sur ce critère, seulement 3% des enfants ont intégré une classe dite ordinaire au niveau scolaire, et de ce 3%, aucune information n’est disponible à savoir si ces enfants continuent d’avoir l’aide d’une personne-ressource à l’école ou si l’enfant continue de recevoir différentes interventions.[33]

La conclusion est claire. 3% de réussite… ABA/ICI ne donne aucun résultat supérieur à l’intervention des parents.

Finalement, il est évident que n’importe quel enfant, dans un encadrement de 1 pour 1, va développer ses capacités cognitives, son langage et changer ses comportements. Cela s’appelle le développement. Un développement qui existe aussi chez les enfants autistes.

L’affirmation des comportementalistes doit donc être rejetée puisqu’aucune démonstration scientifique ne la démontre et que même le créateur de la méthode rejette l’idée de résultats semblables sans l’utilisation de techniques aversives.

La deuxième question est encore plus troublante. S’il était vrai que le 47% de réussite de la méthode ABA/ICI pouvait être obtenu sans l’utilisation de techniques aversives, cela voudrait dire que des centaines d’enfants ont subi des agressions physiques pour absolument rien. Cela voudrait dire que le Dr Lovaas frappait des enfants, de façon délibérée, volontaire et systématique, sans le consentement de ceux-ci. Cela voudrait dire que des comportementalistes ont volontairement décidé de blesser des enfants alors qu’ils avaient d’autres possibilités. Cela allant à l’encontre même de la définition de sanction légitime et pouvant être décrit comme de la torture selon la définition de la Convention des Nations Unis contre la torture ou autres traitements cruels, inhumains et dégradants.

Ainsi, les tenants de ABA/ICI ne peuvent faire une affirmation et son contraire. Ils doivent choisir. Ils doivent reconnaître que le 47% de réussite du Dr Lovaas est une conséquence de l’utilisation des techniques aversives, ce qui en soi n’a rien d’étique et est une démonstration de l’acceptation de la violence à l’égard des autistes. Sinon, ils doivent  affirmer qu’il n’existe aucune preuve de la réussite d’ABA/ICI et que des millions de dollars sont gaspillés inutilement sur des actes de foi et de croyance.

Et si la méthode ABA/ICI était aussi basée sur des préjugés envers les autistes…

Le Dr Lovaas a fait son évaluation des résultats de la méthode ABA/ICI sur deux critères : l’abolition des comportements dit inappropriés et l’amélioration du quotient intellectuel.[34]

Le critère de l’abolition des comportements dit inappropriés
Les comportements qualifiés comme inappropriés selon la recherche du Dr Lovaas sont les comportements de stimulation, agressifs et non conformes. Ainsi, cela englobe tous les comportements associés à l’autisme, des mouvements caractéristiques à l’écholalie en passant par les intérêts spécifiques.  Comme mentionné précédemment, le Dr Lovaas à lui-même reconnu le recours aux techniques aversives et que l’utilisation de la claque était la technique la plus efficace pour éliminer ces comportements.

Ainsi, on peut comprendre qu’un enfant de moins de 40 mois (46 mois si présence d’écholalie) subissant régulièrement des claques, 40 heures par semaine, pendant 2 ans, puisse développer un contrôle de certains comportements pour éviter de se faire frapper. 47 % l’ont fait mais plus de 50% des enfants subiront inutilement ces techniques aversives, de façon intensive puisqu’ils continueront d’avoir leurs comportements dits inappropriés. Plus de 50% des enfants seront maltraités pour rien.

Cette statistique est très éloquente non seulement au sujet de l’échec des mauvais traitements en intervention, mais elle informe encore plus sur la nature de l’autisme. En effet, cela démontre très bien le lien entre l’autisme et certains comportements et leur importance pour les autistes. Malgré des agressions multiples, pendant deux ans, à raison de 40 heures par semaine, plus de 50% des enfants n’ont pas abandonné ces comportements. Pour ces enfants, l’exigence d’abolir leurs comportements dit inappropriés étaient plus exigeantes et souffrantes que le fait de subir des claques à répétition. Pour ces enfants, l’abolition de leurs comportements dit inappropriés représentait un choix plus néfastes que les claques.

Le critère de l’amélioration du quotient intellectuel
L’étude du Dr. Lovaas spécifie que les tests de quotient intellectuel ont été faits à partir de l’échelle d’évaluation Weschler pour enfant[35]. Or, les Dr Dawson, Soulière, Gernsbacher et Mottron ont démontré que cette échelle biaisait négativement les résultats des personnes autistes[36]. Ainsi, en soi, l’outil ne permet pas d’évaluer l’amélioration du quotient intellectuel puisque celui-ci n’évalue même pas le quotient intellectuel des autistes.

Alors,  les résultats démontrent quoi ? Pour répondre à cette question, il faut savoir que les tests de quotient intellectuel de Weschler sont administrés oralement et exigent des réponses verbales pour certaines sous-sections des tests.  De plus, certaines sous-sections évaluent des connaissances générales et des apprentissages jugés normaux selon la moyenne. Ainsi, est-ce que cette amélioration du quotient intellectuel ne serait pas une démonstration de l’efficacité des techniques aversives pour le conditionnement d’une personne à fournir certaines réponses en fonction de différentes questions? Autrement dit, est-ce que le résultat n’est pas la démonstration de l’efficacité des techniques aversives pour transformer la personne en un perroquet? Cette question est d’autant plus justifiée considérant l’importance de la communication orale dans l’administration de ces tests.

Encore une fois, si vous agressez verbalement et physiquement un enfant de moins de 46 mois, régulièrement et constamment, 40 heures par semaine, pendant plus de deux ans, est-ce possible qu’il fasse du par cœur et répète la réponse désirée? Cela augmente donc la réussite au test d’évaluations. Par contre, cela n’a aucun lien avec le développement cognitif de l’enfant.

En conclusion, tous les parents sont libres de choisir les interventions pour leurs enfants. Mais honnêtement, combien de parent décideraient de soumettre leur enfant à la méthode ABA/ICI si on les informe que la méthode n’a aucun effet, à moins d’utiliser des techniques aversives? Combien de parents accepteraient que l’intervention pour aider leur enfant consiste en des agressions physiques ?

Révisions et corrections: Claude Filion

[1] https://decouverteaspi.wordpress.com/2018/01/23/lanxiete-les-traumatismes-et-lautisme/

[2] Maleval J-C. et Grollier M., Actualité de l’évolution de la prise en charge des enfants autistes. De ABA à l’Affinity thérapie, http://www.autistes-et-cliniciens.org/Actualite-de-l-evaluation-de-la-prise-en-charge-des-enfants-autistes, consulté le 20 avril 2019.

[3] Dawson M., The misbehaviour of behaviorists, Ethical challenge to the autism-ABA industry, http://www.sentex.net/~nexus23/naa_aba.html, consulté 20 avril 2019

[4] Mottron L, L’intervention précoce pour enfants autistes : Nouveaux principes pour soutenir une autre intelligence, MARDAGA, juin 2016, p.304.

[5] Davidson, S., Does ABA harm autistic people?, https://autisticuk.org/does-aba-harm-autistic-people/?fbclid=IwAR2tN7vtWOwuc9uGe3iAvvddm-O3UQlk-LkgtBLPXdeTjlOxv8pRQObB2I0, consulté le20 avril

[6] M. A. Gernsbacher, Is one style of early behavior treatment for autism “scientifically proven”?, http://www.gernsbacherlab.org/wp-content/uploads/papers/Gernsbacher_Scientifically_Proven_JDLD_2003.pdf, consulté le 20 avril 2019.

[7] O, Ival Lovaas, Behavioral treatment and normal education and intellectual functioning in young autistic children, Journal of Consulting and Clinical Psychology, 1987, vol 55, no1, 3-9, https://www.beca-aba.com/articles-and-forms/lovaas-1987.pdf, consulté le 20 avril 2019.

[8] O, Ival Lovaas, Behavioral treatment and normal education and intellectual functioning in young autistic children, Journal of Consulting and Clinical Psychology, 1987, vol 55, no1, 3-9, https://www.beca-aba.com/articles-and-forms/lovaas-1987.pdf, consulté le 20 avril 2019.

[9] Maleval J-C. et Grollier M., Actualité de l’évolution de la prise en charge des enfants autistes. De ABA à l’Affinity thérapie, http://www.autistes-et-cliniciens.org/Actualite-de-l-evaluation-de-la-prise-en-charge-des-enfants-autistes, consulté le 20 avril 2019.

[10] Maleval J-C. et Grollier M., Actualité de l’évolution de la prise en charge des enfants autistes. De ABA à l’Affinity thérapie, http://www.autistes-et-cliniciens.org/Actualite-de-l-evaluation-de-la-prise-en-charge-des-enfants-autistes, consulté le 20 avril 2019.

[11] Dawson M., The misbehaviour of behaviorists, Ethical challenge to the autism-ABA industry, http://www.sentex.net/~nexus23/naa_aba.html, consulté le 20 avril 2019.

[12] Hudon-Friceau A., Le châtiment corporel envers les enfants, toujours toléré?, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1001346/chatiment-corporel-tolere-au-canada-violence-enfant-fessee, consulté le 20 avril 2019.

[13] Lecestre A. et Keser L., Le modèle de Lovaas/UCLA model/Young autism projet YAP, https://www.ba-eservice.info/loovas, consulté le 20 avril 2019.

[14] Maleval J-C. et Grollier M., Actualité de l’évolution de la prise en charge des enfants autistes. De ABA à l’Affinity thérapie, http://www.autistes-et-cliniciens.org/Actualite-de-l-evaluation-de-la-prise-en-charge-des-enfants-autistes, consulté le 20 avril 2019.

[15] Harris S.L., Handleman J.S., Gill M.J. and Fong P.L. Does punishement hurt ? The impact of aversives on the clinician. Research in Developpemental Disabilities, 1991, 12, pp. 17-24

[16] Maleval J-C. et Grollier M., Actualité de l’évolution de la prise en charge des enfants autistes. De ABA à l’Affinity thérapie, http://www.autistes-et-cliniciens.org/Actualite-de-l-evaluation-de-la-prise-en-charge-des-enfants-autistes, consulté le 20 avril 2019.

[17] Maleval J-C. et Grollier M., Actualité de l’évolution de la prise en charge des enfants autistes. De ABA à l’Affinity thérapie, http://www.autistes-et-cliniciens.org/Actualite-de-l-evaluation-de-la-prise-en-charge-des-enfants-autistes, consulté le 20 avril 2019.

[18] Auton et al. V. AGBC, 2000 BCSC 1142, https://www.canlii.org/en/bc/bcsc/doc/2000/2000bcsc1142/2000bcsc1142.html

[19] Idem par 40.

[20] Dawson M., The misbehaviour of behaviorists, Ethical challenge to the autism-ABA industry, http://www.sentex.net/~nexus23/naa_aba.html, consulté le 20 avril 2019

[21] M. A. Gernsbacher, Is one style of early behavior treatment for autism “scientifically proven”?, http://www.gernsbacherlab.org/wp-content/uploads/papers/Gernsbacher_Scientifically_Proven_JDLD_2003.pdf, consulté le 20 avril 2019.

[22] M. A. Gernsbacher, Is one style of early behavior treatment for autism “scientifically proven”?, http://www.gernsbacherlab.org/wp-content/uploads/papers/Gernsbacher_Scientifically_Proven_JDLD_2003.pdf, consulté le 20 avril 2019.

[23] Idem.

[24] Idem.

[25] Idem

[26] Idem

[27] Idem

[28] Nations Unies Droit de l’Homme Haut-commissariat, Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruel, inhumains ou dégradants, https://www.ohchr.org/fr/professionalinterest/pages/cat.aspx, consulté le 20 avril 2019.

[29] Dr Smith, Groen et Wynn, 2000.

[30] Dawson M., The misbehaviour of behaviorists, Ethical challenge to the autism-ABA industry, http://www.sentex.net/~nexus23/naa_aba.html, consulté le 20 avril 2019

[31] Idem.

[32] Idem

[33] Idem.

[34] O, Ival Lovaas, Behavioral treatment and normal education and intellectual functioning in young autistic children, Journal of Consulting and Clinical Psychology, 1987, vol 55, no1, 3-9, https://www.beca-aba.com/articles-and-forms/lovaas-1987.pdf, consulté le 20 avril 2019.

[35] Idem.

[36] Dawson, M., Soulières, I., Gernsbacher, A. M., & Mottron, L. (2007). The Level and Nature of Autistic Intelligence. Psychological Science, 18(8), 657-662. doi: 10.1111/j.1467- 9280.2007.01954.x

2 réflexions au sujet de « Méthode ABA/ICI, pourquoi tant d’opposition ? »

  1. Magistral. L’effet placebo, l’attention portée à, est probablement plus efficace que cette soit-disant méthode qui perdure sans légitimité autre que la tradition. Une paire de claque comme thérapie, c’est sérieux ?

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s